La souveraineté numérique est partout : dans les communiqués de presse, dans les discours politiques et maintenant jusque dans des offres certifiées SecNumCloud. Pourtant, derrière les slogans martelés et les beaux logos tricolores, se cache souvent une réalité bien moins glorieuse : dépendance, coûts astronomiques… et surtout, très peu de souveraineté réelle. Dans cet article, on démonte pierre par pierre cette illusion qui prend de plus en plus l’allure d’un bâtiment de cartes technologique.
La souveraineté numérique est devenue l’alpha et l’oméga de nombreuses stratégies publiques et privées en Europe. Mais quand on analyse les initiatives soi-disant « souveraines », comme S3NS ou Bleu — deux offres certifiées SecNumCloud mais bâties sur des technologies américaines — on se demande si l’on n’assiste pas à une vaste escroquerie conceptuelle. Entre dépendance réelle, coûts surfaits et hypocrisie politique, comprendre la vraie souveraineté technologique est plus urgent que jamais. Cet article décortique les enjeux, expose les contradictions et délivre un verdict sans concession.
🤦‍♂️ Le Mirage des Clouds « Français » : S3NS & Bleu
Depuis 2022, la France a vu naître deux coentreprises prétendument souveraines : S3NS (portée par Thales et Google) et Bleu (Orange, Capgemini et Microsoft) — toutes deux conçues pour répondre au label SecNumCloud et réduire la dépendance aux géants du cloud traditionnels.
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💡 À première vue, le pitch est séduisant : du cloud qualifié SecNumCloud, des données sur le territoire européen, et la promesse d’éviter l’extraterritorialité des lois étrangères comme le Cloud Act.
Mais creusons un peu :
- 🔌 100 % code américain : les stacks technologiques sous-jacentes — Google Cloud pour S3NS, Azure pour Bleu — restent profondément ancrées dans l’écosystème des hyperscalers américains.
- 🧾 Coûts faramineux : ces offres se ventent de souveraineté… mais avec environ 40 % de surcoût par rapport au cloud « classique » selon les critiques qui ont circulé sur LinkedIn et blogs spécialisés.
- 🏷️ Label SecNumCloud ne suffit pas : avoir une qualification ne signifie pas avoir une indépendance juridique ou technologique complète.
Au final, on vend une promesse : une souveraineté qui, sur le plan juridique ou technologique profond, reste pour l’essentiel hypothétique.
📉 Souveraineté ≠Autarcie… mais presque toujours pas l’un ni l’autre
Digital sovereignty — ou souveraineté numérique — désigne la capacité d’un État ou d’une organisation à garder la main sur ses systèmes, données et infrastructures. Dans un monde idéal, cela signifie :
- contrĂ´le des infrastructures physiques ;
- maîtrise des logiciels et standards techniques ;
- gouvernance claire des données.
Mais dans la réalité européenne, on navigue entre deux écueils :
- 🤖 une globalisation technologique où les standards et stacks viennent des géants américains ou chinois ;
- 🏠et une poursuite naïve de souveraineté totale, qui serait en fait une forme d’autarcie coûteuse et inefficace.
La souveraineté, selon les spécialistes, n’est pas un objectif absolu d’autarcie (total contrôle isolé), mais une capacité d’action stratégique renforcée, pas un simple label marketing.
🎠Les Slogans qui Cachent une Stratégie Fiscale
Regarde comment certains acteurs parlent de « souveraineté » :
📌 « Nous sommes français, nos données restent en France » — sauf que le code, l’intelligence, les API et les contrats de support sont souvent gérés par des entités américaines.
C’est un jeu de dupes politique :
- on rassure l’opinion publique avec des mots clés à la mode ;
- on crée des entités juridiques locales pour obtenir des badges de conformité ;
- mais on transfère la dépendance technologique chez les mêmes fournisseurs que toujours.
Pire encore : pour beaucoup de décideurs publics, arrêter d’utiliser des services américains ne veut pas dire « reprendre son destin technologique en main » mais simplement « changer de fournisseur tout aussi global ». Ce n’est pas de la souveraineté, c’est du commerce déplacé.
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🤜🤛 L’Europe : un Nouveau « Patchwork » Souverain
L’Union européenne a essayé de structurer un cadre cohérent autour de la souveraineté : DMA, DSA, AI Act, régulations transversales qui visent à renforcer la mainmise sur les données, l’accès et la concurrence.
Pourtant, ce cadre reste déconnecté des réalités du marché lorsqu’il est appliqué sans une stratégie industrielle forte :
- la France, par exemple, manque encore de champions technologiques capables de fournir des stacks clouds 100 % contrôlés ;
- la fragmentation entre offres nationales nuit à l’interopérabilité et creuse les coûts ;
- et la rivalité entre solutions « souveraines » finit souvent par renforcer les mêmes géants que l’on voulait réduire.
La souveraineté semble donc parfois servir plus de parapluie marketing qu’autre chose.
🧨 Verdict : Souveraineté Stratégique vs. Souveraineté Cosmétiquée
Ce qui se vend sous le nom de « souveraineté numérique » aujourd’hui ressemble souvent à :
✅ un effort réel pour réduire les dépendances évidentes ;
❌ mais avec des solutions qui restent enclavées dans des écosystèmes étrangers ;
❌ et avec des surcoûts injustifiés qui pèsent sur les budgets publics et privés.
La vraie souveraineté ne se décrète pas par une qualification SecNumCloud ou une structure juridique française : elle se construit sur des technologies profondément contrôlées, des compétences industrielles locales et des stratégies de long terme — pas sur des slogans, des labels ou des punchlines sur LinkedIn.
Si l’on veut réellement maîtriser son destin numérique, il est temps de regarder au-delà des mots, des logos et des certifications. Parce que si la souveraineté numérique devait être jugée à sa substance plutôt qu’à ses hashtags, beaucoup de ses ambassadeurs seraient incapables de tenir la comparaison.
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👉 SecuSlice n’a jamais eu aussi raison : ce n’est pas la couleur du logo ou la francophrénie du communiqué qui font la souveraineté — c’est ce qui se passe dans le code, les contrats, les compétences, et surtout dans la tête des décideurs.
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