Shamos, le nouveau infostealer qui se propage via de faux correctifs (« ClickFix attacks »), vient le rappeler avec la dĂ©licatesse dâun parpaing lancĂ© Ă travers une vitre dâApple Store.
Il fut un temps oĂč les utilisateurs de Mac vivaient dans une bulle confortable.
Un monde enchantĂ© oĂč les malwares, câĂ©tait « un truc de pauvres sur Windows », et oĂč lâargument de vente dâApple Ă©tait :
« Achetez un Mac, vous nâaurez jamais de virus. »
Eh bien, spoiler : câest fini. Rappelez-vous, on avait Ă©voquĂ© dĂ©but juillet AMOS
đ Le piĂšge : fausses solutions, vrais problĂšmes
Le modus operandi est dâune simplicitĂ© crasse (et donc redoutable) :
- Lâutilisateur Mac rencontre un bug ou cherche Ă rĂ©soudre un problĂšme.
- Google ou un forum vérolé lui propose une « solution miracle ».
- Il télécharge un « fix » présenté comme un petit patch ou un utilitaire.
- Et hop, il installe Shamos lui-mĂȘme, en toute confiance.
Câest presque poĂ©tique : lâingĂ©nierie sociale a toujours plus de succĂšs que la technique pure.
Pourquoi se casser la tĂȘte Ă exploiter une faille obscure quand on peut convaincre lâutilisateur quâil est en train de rĂ©parer son Mac ?
đ”ïž Shamos, le voleur en col roulĂ© noir
Une fois installé, Shamos fait du classique, mais efficace :
- Vol de mots de passe (navigateurs, gestionnaires faibles).
- Collecte de cookies de session (merci pour les accĂšs automatiques aux comptes).
- RĂ©cupĂ©ration dâinfos systĂšme (pratique pour la revente).
- Aspirateur Ă portefeuilles crypto (parce que oui, le hipster en MacBook Pro a souvent un wallet MetaMask qui traĂźne).
Bref, rien de rĂ©volutionnaire cĂŽtĂ© technique. Mais le gĂ©nie du mal nâest pas lĂ :
il rĂ©side dans le fait de cibler une population persuadĂ©e dâĂȘtre hors de portĂ©e.
đ Le mythe du Mac invulnĂ©rable
Les utilisateurs macOS ont toujours aimé se croire différents.
Pendant que les Windowsiens installaient Avast, Kaspersky et Spybot S&D en 2006, les Mac users répondaient :
« Moi je nâai pas besoin, jâai un Mac. »
Sauf que depuis quelques annĂ©es, le Mac nâest plus ce petit Ă©cosystĂšme marginal.
- Les entreprises équipent leurs devs et créa en Mac.
- Les Ă©tudiants achĂštent des MacBook Air comme dâautres achĂštent des sneakers.
- Les managers, eux, adorent leur MacBook Pro « parce que câest beau ».
Résultat ? La cible est devenue intéressante pour les cybercriminels.
Et lĂ oĂč il y a de lâargent, il y a du malware.
đą Mac + Active Directory : le cocktail explosif quâon cache sous le tapis
En réunion CODIR, ça se passe souvent comme ça :
- Le Directeur Marketing veut un MacBook Pro « parce que tout le monde dans la comâ a ça, ça fait pro ».
- Le Directeur Artistique refuse dâutiliser « un truc moche sous Windows ».
- Et comme personne nâa envie de se fĂącher avec ceux qui ramĂšnent du chiffre, la DSI dit « oui »⊠et se dĂ©brouille ensuite pour que ça marche avec lâinfra.
RĂ©sultat ? Des Mac intĂ©grĂ©s (mal) Ă lâActive Directory, qui deviennent vite le chaĂźnon faible du SI.
đ Ce que ça implique dans un AD
Un Mac connectĂ© Ă lâAD, ce nâest pas juste une jolie machine design, câest :
- Des comptes Kerberos stockĂ©s et utilisĂ©s â parfaits pour une Ă©lĂ©vation de privilĂšges si lâendpoint est compromis.
- Des GPO absentes â lĂ oĂč un PC Windows reçoit des dizaines de rĂšgles de sĂ©curitĂ©, le Mac reste souvent livrĂ© Ă lui-mĂȘme.
- Un Shadow IT institutionnalisé â beaucoup dâapps macOS installĂ©es en direct, sans validation, parce que « bah, sur Mac on fait comme ça ».
- Des EDR bancals â la majoritĂ© des solutions EDR de lâentreprise protĂšgent correctement Windows, mais la version macOS est souvent une sous-version, avec une couverture limitĂ©e.
Autrement dit : un Mac compromis, câest un ticket direct vers lâActive Directory, et donc vers la couronne du SI.
đ€Ą Lâillusion de sĂ©curitĂ©
Et le plus ironique ?
Les utilisateurs de Mac adorent narguer leurs collĂšgues Windows :
« Haha, moi je nâai pas besoin dâantivirus, je suis sur Mac. »
Sauf que dans un rĂ©seau dâentreprise, ce nâest pas ton Mac qui compte, mais ce Ă quoi il donne accĂšs.
Et quand ce Mac compromis se balade avec des tokens, des certificats, et un accĂšs VPN vers le cĆur du SI⊠câest une bombe posĂ©e au milieu du rĂ©seau, avec une jolie pomme gravĂ©e dessus.
đš Pourquoi câest grave
Un attaquant qui prend le contrĂŽle dâun poste Windows standard va dĂ©jĂ faire mal.
Mais un attaquant qui prend le contrĂŽle dâun Mac intĂ©grĂ© Ă lâAD, câest jackpot :
- Il peut extraire les tickets Kerberos et commencer un pass-the-ticket.
- Il a souvent accÚs à  des environnements sensibles (design, code source, projets stratégiques) non surveillés.
- Il profite du fait que la DSI a souvent moins de visibilité sur ce poste que sur un Windows classique.
Bref : ce nâest pas juste un risque, câest une stratĂ©gie dâattaque premium.
đ ïž La rĂ©alitĂ© cĂŽtĂ© DSI
Les Ă©quipes SSI, elles, savent trĂšs bien que les Mac sont un casse-tĂȘte :
- Les outils de détection sont moins performants.
- Les logs sont différents et plus pauvres.
- Le MDM (quand il y en a un) est souvent bridé ou mal exploité.
- Les patchs macOS arrivent quand Apple veut, sans granularité, sans vrai contrÎle centralisé.
Et malgrĂ© ça, la direction continue dâimposer des Mac au nom du « prestige » ou du « design ».
En gros, la DSI rame dans une barque trouée, pendant que le CODIR demande de jouer du violon façon Titanic.
đą En entreprise : Mac â zone grise de la cybersĂ©curitĂ©
Petit message aux DSI : si vos politiques de sĂ©curitĂ© sont taillĂ©es pour Windows et que les Mac « passent entre les gouttes », vous ĂȘtes dans le dĂ©ni.
Un Mac compromis, câest :
- Des accĂšs Kerberos dans lâAD (oui, vos Mac sâauthentifient aussi).
- Des tokens dâAPI stockĂ©s en clair dans des projets de dev.
- Des VPN et accĂšs SaaS ouverts comme une pinte le vendredi soir.
La bonne nouvelle : les mĂȘmes recettes que pour Windows sâappliquent.
- MDM obligatoire (Jamf, Intune, peu importe).
- Restriction dâapplications installables.
- EDR compatible macOSÂ (CrowdStrike, SentinelOne, etc.).
- Sensibilisation : « Non, cher designer, tu ne télécharges pas un fix random sur un forum russe. »
đ§š Conclusion
Un Mac dans un rĂ©seau Active Directory, ce nâest pas un « poste safe et cool », câest un cheval de Troie corporate, choisi parce quâil brille en rĂ©union PowerPoint.
Et tant que les CODIR prĂ©fĂ©reront lâimage Ă la sĂ©curitĂ©, les RSSI pourront toujours prĂ©parer leurs slides dâincident majeur en ajoutant une petite pomme croquĂ©e dans le coin.
đ€Š Le problĂšme nâest pas Apple, câest vous
Soyons clairs : ce nâest pas la faute dâApple si Shamos sâinstalle.
Gatekeeper, notarisation, App Store⊠tout ça existe.
Mais si lâutilisateur clique lui-mĂȘme sur un .pkg venu de nulle part en pensant que câest « un fix officiel », aucun mĂ©canisme ne pourra le sauver.
Câest un peu comme verrouiller sa porte avec une serrure blindĂ©e⊠puis filer le double des clĂ©s Ă un inconnu qui dit « je suis plombier ».
đ§âđ Leçon du jour
Shamos nâest pas une rĂ©volution technique, mais un rappel pĂ©dagogique :
- macOS nâest pas invincible.
- LâingĂ©nierie sociale bat la technique, encore et toujours.
- Lâego des utilisateurs (« moi je suis au-dessus de ces problĂšmes ») est la plus belle porte dĂ©robĂ©e du monde.
Alors oui, continuez à siroter votre latte dans un coworking branché avec votre MacBook en alu brossé.
Mais sachez que quelque part, un infostealer vous regarde déjà avec un grand sourire carnassier.
đŻ TL;DR sarcastique
Les Mac sont désormais des cibles de choix, Shamos le prouve.
Si vous pensez ĂȘtre protĂ©gĂ©s parce que votre clavier est rĂ©troĂ©clairĂ© et votre machine coĂ»te 2500âŹ, dites bonjour Ă votre mot de passe Netflix dĂ©jĂ revendu pour 50 centimes.
