La directive NIS2 devait ĂȘtre transposĂ©e dans le droit national des Ătats membres au plus tard en octobre 2024.
Sur le papier, le calendrier était clair.
Dans la réalité française, il est devenu⊠indicatif.
Pendant que la France tergiverse sur la transposition juridique de NIS2,
les attaques, elles, ne respectent aucun délai réglementaire :
- ransomware quotidiens,
- collectivités paralysées,
- hĂŽpitaux sous tension,
- systĂšmes dâinformation exposĂ©s par manque dâanticipation.
Le plus ironique ?
Ce retard nâest pas une anomalie. Il est rĂ©vĂ©lateur.
RĂ©vĂ©lateur dâune habitude bien française :
đ attendre que ce soit obligatoire pour commencer Ă rĂ©flĂ©chir Ă comment on va sây conformer,
đ puis attendre le rappel,
đ parfois jusquâĂ la sanction,
đ avant dâagir.
NIS2 nâest donc pas seulement une directive europĂ©enne en attente de transposition.
Elle est le miroir grossissant dâun problĂšme bien plus profond :
une culture de la cybersécurité pensée comme une contrainte réglementaire, et non comme un enjeu de survie opérationnelle.
Rappel de NIS2 :  NIS2 : La cybersécurité devient (enfin) sérieuse⊠et obligatoire !
Et câest prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que le vrai danger nâest pas le retard de la loi,
mais ce quâil rĂ©vĂšle de notre rapport collectif au risque numĂ©rique.
En France, la cybersécurité fonctionne comme un vieux détecteur de fumée :
on enlÚve la pile quand ça bippe trop tÎt,
on la remet quand ça brûle,
et on lance un audit quand il nây a plus que les cendres.
âł Le sport national : attendre que ce soit obligatoire
Le scĂ©nario est connu, documentĂ©, reproductible Ă lâinfini :
- Un risque est identifiĂ© â âon verra plus tardâ
- Une directive europĂ©enne sort â âpas encore transposĂ©eâ
- Une loi est annoncĂ©e â âon attend le dĂ©cretâ
- Le dĂ©cret arrive â âil faut une FAQâ
- Le rappel tombe â âon monte un groupe de travailâ
- La sanction arrive â âil faut un budgetâ
- Lâattaque arrive â âil faut comprendre ce qui sâest passĂ©â
đ La cybersĂ©curitĂ© française ne dĂ©marre jamais au risque.
Elle démarre à la contrainte.
đ La religion du texte officiel
Sans :
- dĂ©cret dâapplication,
- guide ministériel,
- FAQ de 47 pages,
- webinaire institutionnel avec replay,
đ rien ne bouge.
La cybersécurité devient une question de conformité documentaire :
- âAvons-nous une politique ?â
- âEst-elle signĂ©e ?â
- âEst-elle diffusĂ©e ?â
Peu importe si :
- elle nâest pas appliquĂ©e,
- elle nâest pas comprise,
- elle nâest pas mesurĂ©e.
Lâimportant, câest quâelle existe quelque part.
đ§ Penser sanction avant de penser incident
La question qui revient toujours nâest pas :
âQuel est notre risque rĂ©el ?â
Mais :
âQuâest-ce quâon risque juridiquement ?â
Câest lĂ que tout se joue.
Tant que :
- ce nâest pas auditĂ©,
- ce nâest pas contrĂŽlĂ©,
- ce nâest pas sanctionnĂ©,
đ ce nâest pas prioritaire.
Un ransomware, câest abstrait.
Une amende, câest concret.
Un article de presse, câest terrifiant.
đ La culture du pompier, jamais de lâarchitecte
On adore intervenir aprĂšs :
- PRA aprĂšs la panne majeure
- MFA aprĂšs le compte admin compromis
- Journalisation aprĂšs lâintrusion
- Sauvegardes aprĂšs le chiffrement
- Sensibilisation aprÚs la fuite de données
En revanche :
- anticipation,
- cartographie,
- rĂ©duction de surface dâattaque,
- hygiĂšne IAM,
đ âOn verra plus tard, ce nâest pas prioritaire.â
đ§Ÿ NIS2 : rĂ©vĂ©lateur, pas solution
NIS2 nâest pas en retard.
Elle arrive face Ă un Ă©cosystĂšme qui attend dâĂȘtre forcĂ©.
Elle ne va pas :
- corriger des AD pourris,
- sécuriser des VPN sans MFA,
- réparer des prestataires sur-privilégiés,
- transformer une gouvernance inexistante.
Elle va juste :
- exposer les écarts,
- documenter lâimprĂ©paration,
- formaliser le retard.
đą Le vrai problĂšme est managĂ©rial, pas technique
La cybersécurité reste trop souvent perçue comme :
- un sujet IT,
- un centre de coût,
- une contrainte réglementaire.
Pas comme :
- un enjeu de continuité,
- un risque stratégique,
- un sujet de gouvernance.
Tant quâelle ne monte pas :
- au COMEX,
- au conseil dâadministration,
- dans la gestion du risque global,
đ elle restera un mal nĂ©cessaire, jamais une prioritĂ©.
â ïž Ce qui va se passer (spoiler, encore)
- Transposition de NIS2
- Phase dâattentisme gĂ©nĂ©ralisĂ©e
- Premiers contrĂŽles symboliques
- Une sanction médiatisée
- Panique collective
- Explosion des demandes dâaudit express
- Budgets dĂ©bloquĂ©s dans lâurgence
- Solutions mal intégrées
- Dette technique + dette organisationnelle
Puis on recommence.
đ§š La punchline SecuSlice
En France, on ne fait pas de cybersĂ©curitĂ© pour ĂȘtre en sĂ©curitĂ©.
On en fait pour ĂȘtre tranquilles juridiquement.
Et tant que cette logique dominera :
- les lois arriveront trop tard,
- les attaques arriveront trop tĂŽt,
- et les mĂȘmes erreurs seront recyclĂ©es sous un nouveau sigle.
