đŸ”„ VPN, contrĂŽle d’ñge, interdictions numĂ©riques : la France glisse-t-elle vers un Internet sous tutelle ?

Depuis quelques jours, l’annonce du gouvernement français de vouloir â€œs’attaquer aux VPN” a mis la sphĂšre numĂ©rique en Ă©bullition. Professionnels de l’IT, experts cybersĂ©curitĂ©, simples utilisateurs soucieux de leur vie privĂ©e : tous ont levĂ© un sourcil
 quand ce n’est pas un rictus incrĂ©dule.

Car derriĂšre les discours rassurants sur la “protection des mineurs” et la “responsabilitĂ© numĂ©rique”, se dessine une trajectoire beaucoup plus prĂ©occupante : celle d’un Internet surveillĂ© par l’infrastructure, oĂč l’anonymat devient suspect et la sĂ©curitĂ© un privilĂšge conditionnel.


🧠 VPN : un combat techniquement absurde

Commençons par la base : un VPN n’est pas un contenu, c’est un outil.
Un outil de sécurité. De confidentialité. De travail.

Techniquement, “interdire” ou bloquer les VPN est une illusion totale :

  • Louer un VPS Ă  l’étranger prend quelques minutes
  • Installer WireGuard ou OpenVPN est Ă  la portĂ©e d’un Ă©tudiant en premiĂšre annĂ©e
  • Changer de port, encapsuler le trafic en HTTPS, ajouter un proxy
 et le VPN devient indiscernable d’un serveur web classique

👉 Un VPN auto-hĂ©bergĂ© ressemble exactement Ă  un simple serveur sĂ©curisĂ©.
Le bloquer revient soit Ă  casser Internet, soit Ă  mettre en place une inspection profonde des paquets (DPI) massive.

Autrement dit : surveillance généralisée ou échec assuré.
Il n’y a pas de troisiùme voie.


đŸ›ïž Quand l’outil devient suspect par nature

Le problĂšme fondamental de cette approche, c’est qu’elle repose sur un glissement conceptuel dangereux :
on ne lutte plus contre des usages illĂ©gaux, mais contre des outils neutres.

Or les VPN sont utilisés quotidiennement par :

  • des entreprises
  • des tĂ©lĂ©travailleurs
  • des administrateurs systĂšmes
  • des journalistes
  • des ONG
  • des citoyens qui refusent simplement le pistage permanent

Interdire ou restreindre les VPN sous prĂ©texte qu’ils peuvent ĂȘtre mal utilisĂ©s, c’est comme interdire le chiffrement parce que des criminels l’emploient.

C’est une logique qui n’a aucune fin rationnelle.


🔐 VĂ©rification d’ñge : la fausse bonne idĂ©e qui sent la fuite de donnĂ©es

Autre pilier du discours actuel : la vĂ©rification d’ñge obligatoire via des tiers de confiance pour accĂ©der Ă  certains contenus ou services.

Sur le papier, l’intention semble louable.
Dans la rĂ©alitĂ©, c’est une bombe Ă  retardement.
A lire : Interdiction des rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans : analyse cyber d’un pari Ă  haut risque

Car cela implique :

  • la centralisation de preuves d’identitĂ©
  • des intermĂ©diaires privĂ©s devenus gardiens de l’accĂšs au web
  • des bases de donnĂ©es ultra-sensibles

Et l’histoire de l’IT est limpide sur ce point :
toute base de données finit par fuiter. Toujours.

Aujourd’hui, la vĂ©rification d’ñge concerne :

  • les sites pour adultes
  • les rĂ©seaux sociaux

Demain ?

  • forums
  • plateformes de discussion
  • messageries
  • blogs
  • VPN
  • chiffrement ?

Le précédent est posé.


đŸ•łïž Le grand paradoxe français (et europĂ©en)

La situation est d’autant plus ironique que, dans le mĂȘme temps :

  • on dĂ©fend le RGPD
  • on promeut la protection de la vie privĂ©e
  • on parle de souverainetĂ© numĂ©rique
  • on encourage le chiffrement

Mais concrĂštement :

  • on fragilise l’anonymat
  • on normalise l’identification obligatoire
  • on diabolise les outils de protection

Résultat ?

  • Les utilisateurs avertis contournent
  • Les criminels s’adaptent
  • Les citoyens ordinaires perdent en sĂ©curitĂ©

C’est toujours le mĂȘme schĂ©ma.


🧯 Ce qui se profile rĂ©ellement derriĂšre le mot “VPN”

Soyons clairs : une interdiction franche et totale des VPN est irrĂ©aliste sans basculer vers un modĂšle autoritaire assumĂ©.

Ce qui est beaucoup plus probable :

  • pression rĂ©glementaire sur les fournisseurs commerciaux
  • obligations de journalisation
  • blocages DNS ou IP symboliques
  • communication dissuasive

Une stratĂ©gie inefficace contre les usages malveillants, mais trĂšs efficace pour banaliser le contrĂŽle.


đŸ‡«đŸ‡· Le “Pays des LumiĂšres” Ă  l’ùre du filtrage

Le vrai problĂšme n’est pas une mesure isolĂ©e, mais une accumulation :

  • interdictions progressives
  • infantilisation des usages
  • prĂ©somption de culpabilitĂ©
  • contrĂŽle par l’infrastructure
  • dĂ©lĂ©gation de l’identitĂ© numĂ©rique Ă  des tiers privĂ©s

Sans réel débat technique.
Sans consultation sérieuse des experts cybersécurité.
Sans distinction claire entre outilusage et responsabilitĂ© individuelle.


⚠ Conclusion : plus de contrĂŽle, moins de sĂ©curitĂ©

En prĂ©tendant sĂ©curiser Internet Ă  coups d’interdictions et de filtrage, on obtient exactement l’inverse :

  • ❌ plus de contournement
  • ❌ moins de confiance
  • ❌ moins de cybersĂ©curitĂ©
  • ❌ moins de libertĂ©s

Les VPN ne sont pas le problĂšme.
L’anonymat n’est pas le problùme.
Le chiffrement n’est pas le problùme.

Le problĂšme, c’est de croire qu’on peut gouverner le numĂ©rique comme un rĂ©seau de tĂ©lĂ©vision.

Et à ce jeu-là, ce n’est jamais la technologie qui perd.
Ce sont toujours les citoyens.

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