đŸ› ïž Fuite de donnĂ©es ManoMano : quand la chaĂźne de confiance casse, ce n’est jamais “juste un prestataire”

En janvier 2026, ManoMano a rejoint un club de plus en plus frĂ©quentĂ© : celui des entreprises victimes d’une fuite de donnĂ©es via un prestataire tiers.
Pas un ransomware spectaculaire, pas de site down, pas de chaos visible. Juste ce qu’il faut pour que ça passe presque pour un incident “acceptable”.

Sauf que non.

Parce que ce genre d’incident met une nouvelle fois en lumiĂšre l’angle mort prĂ©fĂ©rĂ© des organisations : la chaĂźne de confiance des tiers. Et, au passage, une question qui dĂ©range :
👉 Pourquoi les audits de sĂ©curitĂ© des prestataires ne sont-ils toujours pas obligatoires ?


🔍 Que s’est-il passĂ© exactement ?

Les faits sont relativement clairs : un prestataire en charge du support client de ManoMano a subi une cyberattaque. RĂ©sultat : un accĂšs non autorisĂ© Ă  une base de donnĂ©es contenant des informations personnelles de clients.

Les données concernées incluent :

  • noms et prĂ©noms,
  • adresses e-mail,
  • numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone,
  • Ă©changes avec le service client.

Pas de mots de passe, pas de données bancaires, nous dit-on. TrÚs bien.
Mais ne minimisons pas : ce type de donnĂ©es est parfaitement exploitable pour du phishing ciblĂ©, de l’ingĂ©nierie sociale et des arnaques crĂ©dibles.

Et surtout, ces donnĂ©es n’auraient jamais dĂ» ĂȘtre accessibles sans un niveau de sĂ©curitĂ© Ă©quivalent Ă  celui de l’entreprise donneuse d’ordre.


Message d'information aux clients expliquant l'attaque via un tiers de confiance

🔗 La chaüne de confiance : le maillon faible permanent

Dans les discours de gouvernance, la “chaüne de confiance” est partout.
Dans les faits, elle ressemble souvent Ă  ceci :

“Le prestataire est certifiĂ© quelque chose, il a signĂ© une clause RGPD, donc ça ira.”

Non.
Une clause contractuelle ne chiffre pas les données.
Une certification commerciale ne protĂšge pas un SI.
Un prestataire reste une surface d’attaque.

Dans le cas ManoMano, l’entreprise n’a pas Ă©tĂ© attaquĂ©e directement.
Mais les donnĂ©es qu’elle collecte, traite et stocke restent sous sa responsabilitĂ© lĂ©gale et morale, mĂȘme quand elles transitent ailleurs.

👉 Externaliser un service, ce n’est pas externaliser le risque.


🎯 Ce que les attaquants y gagnent (et pourquoi ils adorent les tiers)

Pourquoi attaquer un prestataire plutĂŽt que la maison mĂšre ?

Parce que :

  • la sĂ©curitĂ© y est souvent moins mature,
  • les contrĂŽles sont moins frĂ©quents,
  • les accĂšs sont parfois trop larges,
  • et la surveillance est quasi inexistante.

Un prestataire de support client, c’est souvent :

  • des accĂšs aux tickets,
  • des bases clients,
  • parfois des accĂšs API,
  • parfois mĂȘme des comptes techniques persistants.

Bref : une porte latĂ©rale idĂ©ale.


📉 “Les mots de passe ne sont pas concernĂ©s” : le faux rĂ©confort

C’est devenu le mantra post-incident prĂ©fĂ©rĂ© des entreprises.
Et pourtant, c’est souvent hors sujet.

Avec un nom, un e-mail, un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone et le contexte d’un Ă©change client, un attaquant peut :

  • envoyer un mail parfaitement crĂ©dible,
  • appeler en se faisant passer pour le support,
  • lancer des campagnes de phishing ultra ciblĂ©es.

On ne parle plus de spam générique.
On parle de social engineering de prĂ©cision.


đŸ§Ÿ Audit des prestataires : pourquoi ce n’est toujours pas obligatoire ?

C’est là que le bñt blesse.

Aujourd’hui, en dehors de certains secteurs trĂšs rĂ©glementĂ©s, rien n’oblige rĂ©ellement une entreprise Ă  auditer la sĂ©curitĂ© de ses prestataires de maniĂšre rĂ©guliĂšre et approfondie.

On se contente souvent de :

  • questionnaires de conformitĂ©,
  • dĂ©clarations sur l’honneur,
  • certifications gĂ©nĂ©riques,
  • audits “one shot” Ă  l’entrĂ©e du contrat.

👉 Mais pas d’audit technique rĂ©current.
Pas de contrĂŽle des accĂšs.
Pas de vérification des pratiques réelles.

Et pourtant, les prestataires traitent parfois autant – voire plus – de donnĂ©es sensibles que l’entreprise elle-mĂȘme.


đŸ›Ąïž Ce que cet incident aurait dĂ» imposer (et devrait imposer partout)

Un minimum vital, qui reste encore trop souvent optionnel :

  • 🔍 Audit de sĂ©curitĂ© obligatoire des prestataires critiques
  • 🔁 Réévaluation rĂ©guliĂšre (annuelle a minima)
  • 🔐 Principe du moindre privilĂšge sur les accĂšs
  • 📉 Journalisation et supervision des accĂšs tiers
  • 🚹 Plan de rĂ©ponse Ă  incident incluant explicitement les sous-traitants
  • 📄 Clauses contractuelles avec exigences techniques, pas seulement juridiques

Ce n’est pas du luxe.
C’est de l’hygiĂšne numĂ©rique de base.


🧠 Ce que l’affaire ManoMano nous rappelle (encore)

  • Une entreprise est responsable de toute sa chaĂźne de traitement, pas seulement de ses serveurs.
  • Les attaquants adorent les prestataires nĂ©gligĂ©s.
  • Le RGPD sans contrĂŽle technique rĂ©el, ça reste du papier.
  • Et non, “ce n’est pas nous, c’est le prestataire” n’est pas une dĂ©fense valable.

🔚 Conclusion : la confiance, ça se vĂ©rifie

L’incident ManoMano n’est ni exceptionnel, ni choquant.
Il est symptomatique.

Tant que les audits de sĂ©curitĂ© des tiers resteront facultatifs, tant que la sous-traitance sera vue comme une dĂ©lĂ©gation du risque, ce genre de fuite continuera.

La confiance, en cybersĂ©curitĂ©, Ă§a ne se signe pas dans un contrat.
👉 Ă‡a s’audite. Ça se contrĂŽle. Et ça se remet en question.

Et si cet incident peut servir Ă  une chose, c’est peut-ĂȘtre Ă  rappeler une vĂ©ritĂ© simple :
la chaßne de confiance est aussi solide que son maillon le plus négligé.

đŸ› ïž Fuite de donnĂ©es ManoMano : quand la chaĂźne de confiance casse, ce n’est jamais “juste un prestataire”
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