đŸ“± Carte SIM et espionnage : la crypto dans ta poche

🎬 Introduction

La Carte SIM. On parle souvent de chiffrement comme d’une technologie rĂ©servĂ©e aux hackers, aux militaires ou aux banques. Mais ce que peu de gens rĂ©alisent, c’est que tout le monde a un petit module cryptographique dans sa poche : la carte SIM.
Ce minuscule rectangle de plastique jaune n’est pas qu’une mĂ©moire pour stocker ton numĂ©ro : c’est en rĂ©alitĂ© un ordinateur sĂ©curisĂ©, conçu pour authentifier ton identitĂ© sur le rĂ©seau mobile.
Et comme toujours en cryptographie, lĂ  oĂč il y a un systĂšme sĂ©curisé  il y a aussi des failles, des abus, et des espions.


🔑 Comment une SIM “te reconnaüt” ?

Une carte SIM (Subscriber Identity Module) contient une clĂ© secrĂšte unique : le fameux Ki.

  • Cette clĂ© n’est jamais censĂ©e quitter la SIM.
  • Elle est partagĂ©e uniquement avec l’opĂ©rateur mobile.

👉 Lorsqu’un tĂ©lĂ©phone se connecte au rĂ©seau, un mĂ©canisme d’authentification mutuelle se met en place :

  1. L’opĂ©rateur envoie un dĂ©fi alĂ©atoire (RAND).
  2. La SIM calcule une réponse cryptographique (SRES) grùce à un algorithme secret.
  3. Si la réponse est correcte, le réseau autorise la connexion.

C’est ce qu’on appelle les algorithmes A3/A8. Et c’est grĂące Ă  ça que n’importe qui ne peut pas juste se faire passer pour toi.


đŸ•”ïž Quand l’espionnage s’invite dans le rĂ©seau

En thĂ©orie, le systĂšme est blindĂ©. En pratique ? Comme toujours, des failles ont ouvert la porte aux espions :

  • Les premiers algorithmes A3/A8, comme COMP128, ont Ă©tĂ© cassĂ©s dĂšs la fin des annĂ©es 1990. RĂ©sultat : des attaquants pouvaient cloner une SIM et se connecter au rĂ©seau avec ton identitĂ©.
  • Certaines agences de renseignement (coucou la NSA 👋) ont interceptĂ© des millions de clĂ©s SIM en piratant directement les fabricants (cf. le scandale Gemalto en 2015).
  • RĂ©sultat : Ă©couter des communications mobiles ou usurper une identitĂ© devenait un jeu d’enfant pour qui avait accĂšs Ă  ces clĂ©s.

👉 Autrement dit : ta SIM, censĂ©e ĂȘtre ton bouclier cryptographique, a aussi Ă©tĂ© un cheval de Troie pour les États et certains pirates.


🇹🇳 Les “restes chinois” et la guerre techno

La cryptographie dans les SIM n’est pas qu’une question de technique : c’est aussi un sujet gĂ©opolitique.

  • Les opĂ©rateurs et les États ont toujours voulu garder un contrĂŽle sur les algorithmes implĂ©mentĂ©s.
  • Certains pays imposent leurs propres versions “maison” (parfois affaiblies volontairement).
  • En Chine par exemple, des variantes locales d’algorithmes SIM ont circulĂ©, avec des niveaux de sĂ©curitĂ© discutables.

Le rĂ©sultat : selon ton opĂ©rateur ou ton pays, ta sĂ©curitĂ© n’est pas exactement la mĂȘme.
Et devine quoi ? Les services de renseignement le savent trÚs bien, et exploitent ces différences.


📡 SIM hacking moderne : pas fini !

On pourrait croire que tout ça appartient au passé. Spoiler : non.

  • Les attaques par SIM swap exploitent la dimension sociale : convaincre un opĂ©rateur de transfĂ©rer ton numĂ©ro sur une nouvelle carte. Pas besoin de casser la crypto, juste d’abuser l’humain.
  • Les IMSI-catchers (ou “Stingrays”) exploitent des failles de protocoles pour intercepter tes communications, mĂȘme si la SIM est thĂ©oriquement sĂ©curisĂ©e.
  • Les failles dans certaines gĂ©nĂ©rations de SIM (JavaCard, OTA updates) permettent encore aujourd’hui d’installer du code malveillant Ă  distance.

👉 La SIM est un “ordinateur miniature”. Et comme tout ordinateur, elle peut ĂȘtre compromise.


💡 La leçon à retenir

La carte SIM est une merveille de miniaturisation cryptographique :

  • Elle gĂšre une clĂ© secrĂšte partagĂ©e.
  • Elle exĂ©cute des algorithmes de challenge-rĂ©ponse.
  • Elle protĂšge l’identitĂ© de l’abonnĂ©.

Mais comme toujours en sĂ©curitĂ©, le maillon faible n’est pas toujours l’algorithme lui-mĂȘme, mais son implĂ©mentation, son contrĂŽle politique, et les humains qui gravitent autour.

âžĄïž MoralitĂ© SecuSlice : croire que la SIM est inviolable, c’est comme croire qu’Enigma l’était en 1940. L’Histoire a montrĂ© que tout systĂšme finit par cĂ©der.



⚖ Petit rappel : le thĂ©orĂšme des restes chinois (CRT)

En crypto, ce qu’on appelle les â€œrestes chinois”, c’est en fait le thĂ©orĂšme des restes chinois (CRT, Chinese Remainder Theorem).
👉 Et ce truc est un classique en arithmĂ©tique modulaire.

Le CRT dit en gros : si tu connais un nombre modulo plusieurs bases qui sont premiĂšres entre elles, tu peux retrouver ce nombre de maniĂšre unique dans un intervalle donnĂ©.

Exemple simple :

  • Soit N un nombre inconnu.
  • On sait que :
    • N ≡ 2 (mod 3)
    • N ≡ 3 (mod 5)
    • N ≡ 2 (mod 7)

Le CRT permet de retrouver N ≡ 23 (mod 105).

C’est exactement comme un Ă©chiquier, oĂč tu regardes la position d’une piĂšce par rapport Ă  plusieurs grilles superposĂ©es : chaque contrainte rĂ©duit l’espace des possibles, et Ă  la fin tu trouves la position unique.


đŸ§© Lien avec la cryptographie

Le CRT est utilisĂ© en cryptographie asymĂ©trique, surtout dans RSA, pour accĂ©lĂ©rer les calculs :

  • Normalement, pour dĂ©chiffrer un message RSA, tu fais une exponentiation mod N (oĂč N est un grand produit de deux nombres premiers, p et q).
  • GrĂące au CRT, tu peux travailler sĂ©parĂ©ment modulo p et modulo q, puis recombiner le rĂ©sultat.
  • Ça rend le calcul jusqu’à 4 fois plus rapide.

👉 Donc dans beaucoup d’implĂ©mentations RSA (y compris dans les cartes Ă  puce et cartes SIM), le CRT est utilisĂ© pour optimiser les opĂ©rations.


🔎 Pourquoi c’est important cĂŽtĂ© sĂ©curitĂ©

Le problĂšme, c’est que le CRT peut aussi devenir un point faible si mal implĂ©mentĂ©.

  • Une erreur dans le calcul modulo p ou q → fuite d’information.
  • Certaines attaques de type fault injection (injection de fautes matĂ©rielles) exploitent justement le CRT pour extraire les clĂ©s privĂ©es.
  • Exemple : si on provoque une erreur dans le calcul modulo p mais pas modulo q, on obtient assez d’infos pour retrouver p et donc casser la clĂ© RSA.

âžĄïž MoralitĂ© : le CRT, c’est comme une potion magique. Bien dosĂ©e, elle accĂ©lĂšre la crypto. Mal gĂ©rĂ©e, elle la flingue.


🚹 Dans les cartes SIM

Les algos de cartes SIM (et plus généralement des cartes à puce) utilisent souvent :

  • RSA avec CRT pour l’authentification,
  • et parfois des variantes maison, imposĂ©es par des États.

Les “restes chinois” dont tu te souviens, c’est donc bien ce thĂ©orĂšme CRT appliquĂ© dans les implĂ©mentations cryptographiques de la SIM (ou d’autres systĂšmes embarquĂ©s).

Base64 n’a rien Ă  voir, mais ton souvenir de l’échiquier est pile dans le mille : c’est exactement la mĂ©taphore qu’on utilisait en cours pour expliquer le CRT 🏁.


🏁 Conclusion

La cryptographie n’est pas confinĂ©e aux laboratoires ou aux grandes entreprises : elle est littĂ©ralement dans ta poche.
La carte SIM est un cas d’école : brillante dans sa conception, mais fragilisĂ©e par les erreurs, les backdoors, et les enjeux gĂ©opolitiques.

👉 La prochaine fois que tu allumeras ton smartphone, souviens-toi que ton petit bout de plastique jaune n’est pas qu’un identifiant : c’est un champ de bataille cryptographique miniature, oĂč se croisent opĂ©rateurs, hackers et services secrets.


🎬 Teaser Ă©pisode 4

Prochain article : Les briques cryptographiques : primitives et constructions.
On quitte l’histoire et la gĂ©opolitique pour entrer dans la cuisine interne : hachage, chiffrement bloc/flux, et ces petites briques qui composent les protocoles modernes.

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