Allianz Life, alias âlâassurance de vos lendemainsâ, continue de nous offrir un feuilleton cyber digne dâune sĂ©rie Netflix⊠sauf que lĂ , les figurants involontaires sont 2,8 millions de clients et partenaires dont les donnĂ©es personnelles circulent dĂ©sormais librement sur Internet. Oui, 2,8 millions, soit deux fois plus que ce que la compagnie avait âadmisâ fin juillet.
Et la cerise sur le gĂąteau ? On sait dĂ©sormais que la fuite provient dâattaques en sĂ©rie contre Salesforce. Eh oui : le CRM star des grands comptes, censĂ© organiser la relation client, se retrouve ici Ă organiser⊠la dissĂ©mination massive de donnĂ©es sensibles.
đ”ïž Un feuilleton qui sent le rĂ©chauffĂ© (et le non-patchĂ©)
Souvenez-vous : le 27 juillet, Allianz Life avouait Ă demi-mot quâun fournisseur tiers Ă©tait en cause. Pas de nom, pas de dĂ©tails techniques, juste un vague mea culpa corporate et un PDF indigeste envoyĂ© aux clients.
Voir l’article : đ„ Allianz Life : 1,4 million de clients, une brĂšche et⊠des excuses en PDF
Aujourdâhui, le voile se lĂšve : ce âfournisseur tiersâ nâĂ©tait autre que Salesforce, ou plutĂŽt une instance Salesforce mal configurĂ©e, mal surveillĂ©e ou mal sĂ©curisĂ©e. Les pirates nâont pas seulement trouvĂ© la clĂ© du coffre : ils ont laissĂ© la porte ouverte assez longtemps pour que le contenu soit dupliquĂ©, archivĂ©, et finalement diffusĂ© publiquement.
đŠ Quâest-ce qui a Ă©tĂ© exposĂ© cette fois ?
DâaprĂšs les Ă©chantillons publiĂ©s sur les forums et marketplaces du dark web :
- Noms, prénoms et coordonnées complÚtes
- Numéros de sécurité sociale (SSN)
- Dates de naissance
- Informations contractuelles et financiĂšres
- Et â plus embĂȘtant pour Allianz â des donnĂ©es concernant les partenaires commerciaux (brokers, agences, prestataires)
En clair : pas seulement les clients, mais aussi lâĂ©cosystĂšme entier qui gravite autour de la boĂźte. RĂ©sultat : effet domino garanti.
đ Dâune brĂšche Ă une campagne organisĂ©e
Ce nâest pas un âcoup uniqueâ. Les attaques Salesforce sont actuellement en campagne industrielle, ciblant plusieurs grandes entreprises Ă la chaĂźne. Les assaillants recyclent les mĂȘmes mĂ©thodes :
- Cartographie des instances exposées
- Exploitation dâAPI mal verrouillĂ©es
- Récupération massive des données
- Publication ou monétisation
Lâaffaire Allianz Life nâest quâun chapitre dans une sĂ©rie qui ne fait que commencer.
âïž Allianz, Salesforce et la danse du parapluie
Comme toujours, la communication officielle reste un chef-dâĆuvre de gestion dâimage :
- Allianz insiste sur la âgravitĂ© de lâincidentâ mais ne parle pas de sa responsabilitĂ© dans la supervision de son fournisseur.
- Salesforce martĂšle que la plateforme est sĂ©curisĂ©e âpar dĂ©fautâ et que la configuration est du ressort des clients (traduction : âpas notre fauteâ).
MoralitĂ© : tout le monde est âprofondĂ©ment concernĂ©â par la fuite, mais personne nâest coupable.
đŁ Pourquoi câest un signal rouge pour tout le monde
Lâaffaire coche toutes les cases du cauchemar SaaS :
- Cloud â sĂ©curitĂ© automatique : mĂȘme un gĂ©ant comme Salesforce peut devenir une passoire si la configuration est nĂ©gligĂ©e.
- DĂ©pendance Ă un fournisseur unique : quand il tombe, câest tout lâĂ©cosystĂšme qui sâĂ©croule.
- Réactivité médiocre : le temps que les victimes soient informées, les données sont déjà aspirées, revendues, exploitées.
Et surtout : lâabsence de consĂ©quences rĂ©elles. Une amende Ă©ventuelle ? Quelques millions, qui seront absorbĂ©s dans le budget marketing.
đ Ce que les RSSI devraient dĂ©jĂ faire (hier)
- Audit immédiat des configurations Salesforce (droits, API, intégrations).
- Segmentation et chiffrement des donnĂ©es sensibles, mĂȘme dans le cloud.
- MFA obligatoire pour tous les accÚs, y compris partenaires et prestataires.
- Surveillance continue des logs et alertes sur les accÚs inhabituels.
- Plan de réponse SaaS : communication rapide et mesures concrÚtes en cas de brÚche.
đ Conclusion (piquante)
Allianz Life voulait nous convaincre que lâincident de juillet Ă©tait maĂźtrisĂ©. En rĂ©alitĂ©, il Ă©tait juste en pause dans la timeline des pirates. Aujourdâhui, la fuite double de volume et sâinternationalise : ce nâest plus seulement un problĂšme de clients US, mais un avertissement pour toute organisation qui mise son cĆur de mĂ©tier sur un SaaS quâelle ne maĂźtrise pas.
La morale ?
- Si vous confiez vos donnĂ©es Ă un prestataire cloud, auditez-le comme sâil Ă©tait dĂ©jĂ compromis.
- Et si votre prestataire vous dit âtout est sĂ©curisĂ© par dĂ©fautâ, traduisez ça par : âtout est sĂ©curisĂ© tant que vous faites le boulot Ă notre placeâ.
Chez Allianz, on assure vos lendemains⊠mais apparemment, pas vos fichiers Salesforce dâaujourdâhui.
