🧾Cybersécurité en France : obligation juridique ou réflexe vital ? Le dangereux mythe du “on n’est pas la NASA”

En cybersécurité, il y a des phrases qui devraient déclencher instantanément une alerte rouge dans n’importe quelle organisation.
Pas une alerte SOC. Une alerte culturelle.

La plus célèbre ?

« Ça va, on n’est pas la NASA. »

Comme si la menace cyber fonctionnait encore selon une logique hollywoodienne : des hackers en sweat à capuche ciblant uniquement des agences spatiales, des banques systémiques ou des centrales nucléaires.

Spoiler : ce n’est plus le monde dans lequel nous vivons.

Aujourd’hui, si vous avez :

  • des donnĂ©es
  • un système d’information
  • une connexion Internet

👉 vous êtes une cible.

Pas potentiellement. Pas théoriquement. Structurellement.


🧾 Cybersécurité : encore trop souvent une case conformité

En France, la cybersécurité reste majoritairement perçue comme :

✔ une obligation réglementaire
âś” une contrainte juridique
✔ un coût imposé
✔ un “projet sécurité” périodique

PlutĂ´t que comme :

❌ un pilier stratégique
❌ un facteur de résilience
❌ un enjeu business critique
❌ une composante essentielle de la confiance client

La discussion budgétaire ressemble encore trop souvent à :

« On doit faire quelque chose, sinon on ne sera pas conforme. »

Et rarement Ă  :

« On doit faire quelque chose, sinon on met en danger notre activité. »

La nuance est immense.

Dans un cas, on protège contre l’amende.
Dans l’autre, on protège contre l’arrêt brutal de l’entreprise.


🎯 “On n’est pas une cible intéressante” : l’illusion la plus coûteuse

Les attaquants ne raisonnent pas comme des communicants.

Ils ne se demandent pas :

  • si votre marque est prestigieuse
  • si vous ĂŞtes stratĂ©gique
  • si vous passez au JT

Ils se demandent :

👉 Êtes-vous vulnérable ?
👉 Êtes-vous monétisable ?

Les groupes comme LockBit ne ciblent pas uniquement des géants.
Ils exploitent des failles, des accès faibles, des mots de passe recyclés, des VPN mal configurés.

Une PME mal segmentée, mal patchée, mal supervisée ?

= parfois plus rentable qu’un grand groupe bardé d’EDR, de SOC et de Red Teams.

Le ransomware moderne est opportuniste, automatisé, industrialisé.

Vous n’êtes pas “trop petit”.
Vous ĂŞtes peut-ĂŞtre simplement plus facile.


🤖 IA + cybercriminalité : accélérateur de catastrophe

L’IA ne crée pas la menace.
Elle la démocratise, accélère et crédibilise.
A lire :  PromptLock : quand le ransomware « IA » n’est pas (encore) Skynet

Aujourd’hui :

  • Phishing sans fautes, ultra-personnalisĂ©
  • Faux appels crĂ©dibles (voice cloning)
  • Malware mieux obfusquĂ©
  • Scripts d’attaque gĂ©nĂ©rĂ©s en quelques secondes

Ce qui demandait :

  • des compĂ©tences avancĂ©es
  • du temps
  • une expertise technique solide

devient accessible à des acteurs beaucoup moins qualifiés.

👉 Plus d’attaquants.
👉 Plus d’attaques.
👉 Plus de succès.

Et pendant ce temps, certaines organisations débattent encore de la nécessité d’un MFA “parce que c’est contraignant pour les utilisateurs”.


⚖️ La peur du régulateur : seul moteur efficace ?

Soyons honnêtes : sans contrainte, beaucoup d’organisations ne bougent pas.
Lire : NIS2 en France : pourquoi la transposition tarde (et pourquoi c’est un problème majeur de cybersécurité)

Pas par bĂŞtise.
Par arbitrage.

La cybersécurité souffre d’un paradoxe cruel :

✔ Quand tout va bien → investissement jugé excessif
✔ Quand tout va mal → investissement jugé insuffisant

Le ROI de la sécurité est invisible… jusqu’au jour où il devient dramatiquement mesurable.

C’est précisément le rôle de NIS2 :

  • imposer une gouvernance
  • responsabiliser les dirigeants
  • structurer les pratiques
  • transformer la SSI en enjeu stratĂ©gique

Tant que la cybersécurité restera perçue comme optionnelle, elle restera sous-financée.


🇪🇺 NIS2 : pas une punition, une mise à niveau

La directive NIS2 n’est pas un caprice bureaucratique.

C’est une tentative (nécessaire) de corriger :

❌ des années de sous-investissement
❌ une gouvernance sécurité fragile
❌ une culture du “ça ira bien”
❌ une dépendance massive au numérique

Elle dit simplement :

👉 La cybersécurité n’est plus un sujet technique.
C’est un sujet de direction.

Ignorer ce message, c’est continuer à piloter une organisation moderne avec une vision des risques digne des années 2000.


💼 RSSI : responsabilités XXL, reconnaissance XS

Autre angle mort français : le métier de RSSI.

Dans de nombreuses structures :

  • ResponsabilitĂ© juridique indirecte
  • Pression constante
  • Arbitrages impossibles
  • Exposition maximale en cas d’incident

Mais :

❌ position hiérarchique ambiguë
❌ autorité parfois limitée
❌ rémunération inférieure à la criticité du rôle
❌ isolement chronique

Le RSSI devient trop souvent :

👉 responsable sans pouvoir réel
👉 exposé sans protection organisationnelle
👉 stratège sans siège à la table des décisions

Et ensuite, on s’étonne :

  • des dĂ©parts
  • des burn-out
  • du turnover
  • du manque d’attractivitĂ©

Un RSSI n’est pas un “support IT spécialisé sécurité”.

👉 C’est une fonction exécutive de maîtrise du risque.

Au même titre qu’un DSI pilote la performance et la transformation, le RSSI pilote la résilience et la sécurité.

Opposer les deux est une erreur.
Sous-valoriser l’un est une faute stratégique.


🔥 Le véritable problème : culturel, pas technique

La France ne manque pas :

✔ de compétences
âś” de technologies
✔ d’experts
âś” de solutions

Elle souffre encore trop souvent de :

❌ banalisation du risque
❌ vision court-termiste
❌ sécurité perçue comme frein
❌ croyance “on verra plus tard”

Or en cybersécurité :

👉 Plus tard = souvent trop tard.


🎯 Conclusion : la réalité est déjà là

Non, vous n’êtes pas la NASA.

Mais vous avez :

  • des donnĂ©es clients
  • des donnĂ©es RH
  • des donnĂ©es financières
  • des accès distants
  • des dĂ©pendances numĂ©riques

Et pour un attaquant, cela suffit largement.

La question n’est plus :

❓ « Sommes-nous une cible ? »

Mais :

❗ « Sommes-nous prêts quand ça arrivera ? »

Parce que dans le paysage actuel :

👉 ce n’est plus une hypothèse.
👉 c’est une échéance statistique.

Et la cybersécurité ne devrait jamais être déclenchée uniquement par :

  • la peur du gendarme
  • la peur de l’amende
  • la peur de l’audit

Mais par une évidence simple :

Protéger son SI, c’est protéger son activité, ses clients, ses salariés et sa crédibilité.

Tout le reste n’est que littérature… jusqu’au jour où le ransomware s’invite dans votre COMEX/CODIR.

🧾Cybersécurité en France : obligation juridique ou réflexe vital ? Le dangereux mythe du “on n’est pas la NASA”
Partager cet article : Twitter LinkedIn WhatsApp

🖋️ Publié sur SecuSlice.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut