đŸ›Ąïž SecNumCloud : la souverainetĂ© sans incantation, la sĂ©curitĂ© sans slogans

SecNumCloud, on remet le clocher au milieu du village. La souverainetĂ© numĂ©rique est devenue un mot magique. On l’invoque Ă  chaque dĂ©bat sur le cloud, on la brandit face aux hyperscalers, on la convoque dans les discours politiques comme une Ă©vidence morale. Et au milieu de tout cela, SecNumCloud est rĂ©guliĂšrement sommĂ© de rĂ©pondre Ă  une question qu’il n’a jamais prĂ©tendu rĂ©soudre : sommes-nous souverains, oui ou non ?

Pour les DSI et les RSSI, cette question est souvent mal posée. Elle mélange dépendance technologique, droit applicable, sécurité opérationnelle et ambitions industrielles. Résultat : beaucoup de bruit, peu de clarté, et parfois des décisions prises sur des slogans plutÎt que sur une analyse de risques.

Il est donc temps de remettre SecNumCloud Ă  sa juste place : non pas comme un totem de souverainetĂ©, mais comme un outil de cybersĂ©curitĂ© exigeant, conçu pour des usages sensibles et des organisations adultes.


🧭 SecNumCloud : ce que c’est vraiment (et ce que ce n’est pas)

SecNumCloud est une qualification de sĂ©curitĂ© dĂ©livrĂ©e par l’ANSSI. Elle atteste qu’une offre de cloud prĂ©sente un niveau de sĂ©curitĂ© Ă©levĂ©, compatible avec des usages sensibles de l’État et des entreprises stratĂ©giques.

Ce n’est :

  • ni un label marketing,
  • ni une mĂ©daille honorifique,
  • ni un certificat de puretĂ© souveraine.

C’est un processus long, exigeant, fondĂ© sur un rĂ©fĂ©rentiel d’environ 1200 points de contrĂŽle, auditĂ©s sur site par des Ă©valuateurs indĂ©pendants, sous supervision Ă©troite de l’ANSSI. Architecture technique, gouvernance, exploitation, gestion des identitĂ©s, sĂ©curitĂ© des accĂšs, ressources humaines, sous-traitance, droit applicable : tout est passĂ© au crible.

SecNumCloud ne s’adresse pas Ă  tous les usages. Une offre cloud “standard”, quelle que soit son origine, ne rĂ©pond gĂ©nĂ©ralement pas Ă  ces exigences. Et c’est parfaitement assumĂ©.
SecNumCloud n’est pas lĂ  pour dĂ©mocratiser le cloud, mais pour sĂ©curiser les usages les plus sensibles.

Autrement dit : ce n’est pas une mĂ©daille en chocolat. Et ce n’est clairement pas pour tout le monde.


⚖ Le droit extraterritorial : un risque rĂ©el, mais souvent caricaturĂ©

DĂšs que l’on parle de cloud et de souverainetĂ©, le droit extraterritorial surgit. CLOUD Act, FISA, lois chinoises sur le renseignement : le sujet est sĂ©rieux, documentĂ©, et mĂ©rite mieux que des raccourcis.

Le risque n’est pas que des donnĂ©es soient hĂ©bergĂ©es physiquement hors d’Europe. Le risque est qu’un acteur soumis Ă  un droit non europĂ©en dispose d’un contrĂŽle effectif sur ces donnĂ©es : capacitĂ© d’accĂšs, d’administration, ou de contrainte juridique sans voie de recours europĂ©enne.

C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que SecNumCloud intervient.

La qualification impose notamment que :

  • le prestataire soit europĂ©en, en termes de siĂšge et de capital,
  • il conserve le contrĂŽle exclusif des donnĂ©es,
  • ses sous-traitants non europĂ©ens n’aient aucun accĂšs aux donnĂ©es,
  • il soit autonome dans l’exploitation de la solution.

La vraie question n’est donc pas :

« Quelle est la nationalité de la technologie ? »
mais bien :
« Qui a la capacitĂ© rĂ©elle d’agir sur mes donnĂ©es ? »

Et sur ce point, SecNumCloud apporte une réponse claire, vérifiable et juridiquement défendable.


🔌 Offres “hybrides” : le faux procùs

L’apparition d’offres dites “hybrides” — reposant sur une technologie amĂ©ricaine opĂ©rĂ©e par un acteur europĂ©en — a suscitĂ© de vives rĂ©actions. À Ă©couter certains commentaires, l’hybridation serait une trahison de la souverainetĂ©, voire une faille bĂ©ante.

C’est oublier un point essentiel : hybridation ne signifie pas accĂšs aux donnĂ©es.

Dans une offre hybride qualifiée :

  • le fournisseur de la technologie n’administre pas la plateforme,
  • n’a pas accĂšs aux donnĂ©es,
  • ne gĂšre ni les comptes, ni les clĂ©s, ni l’exploitation quotidienne.

Le prestataire qualifiĂ© doit dĂ©montrer son autonomie opĂ©rationnelle, exactement comme dans une offre dite “non hybride”.

La vĂ©ritĂ© est plus inconfortable : toutes les offres cloud ont des dĂ©pendances. CPU, microcodes, systĂšmes d’exploitation, composants open source, chaĂźnes de compilation
 Imaginer un cloud totalement affranchi de toute technologie non europĂ©enne relĂšve davantage du conte que de l’ingĂ©nierie.

Ce n’est pas l’hybridation qui crĂ©e la dĂ©pendance.
C’est l’illusion de puretĂ© qui empĂȘche de la gĂ©rer.


🔐 Ce que SecNumCloud protùge vraiment (et que les RSSI connaissent bien)

Le droit extraterritorial occupe une place dĂ©mesurĂ©e dans le dĂ©bat public. Pourtant, pour un RSSI, ce n’est qu’un risque parmi d’autres â€” et souvent pas le plus probable.

Les prestataires cloud sont des cibles de trĂšs haute valeur. Attaques avancĂ©es, compromissions de chaĂźnes d’administration, erreurs humaines, insiders malveillants : les menaces sont permanentes, complexes, et bien rĂ©elles.

C’est là que SecNumCloud est particuliùrement exigeant :

  • cloisonnement strict entre clients,
  • sĂ©paration forte des chaĂźnes d’administration,
  • supervision dĂ©diĂ©e,
  • chiffrement systĂ©matique des donnĂ©es au repos et en transit,
  • gestion rigoureuse des accĂšs et des privilĂšges,
  • exigences fortes sur les ressources humaines.

Dans la majoritĂ© des incidents graves, le problĂšme n’est pas une injonction Ă©trangĂšre.
C’est un compte trop permissif, une supervision dĂ©faillante ou une chaĂźne d’administration mal isolĂ©e.

Et sur ces sujets-là, SecNumCloud apporte des garanties que peu d’offres cloud standard peuvent revendiquer.


đŸ§± Le sujet qui fĂąche : la maturitĂ© SSI des organisations

C’est sans doute le point le plus dĂ©licat, et pourtant le plus important.

Un cloud qualifiĂ© SecNumCloud ne compense pas :

  • l’absence de classification des donnĂ©es,
  • un IAM approximatif,
  • un PRA jamais testĂ©,
  • une gouvernance inexistante,
  • une supervision au minimum syndical.

La tentation est grande de voir dans le “cloud souverain” une solution clĂ© en main Ă  des problĂšmes structurels. C’est une illusion dangereuse.

Un cloud qualifié ne transforme pas une organisation immature en forteresse numérique.

SecNumCloud Ă©lĂšve le plafond de sĂ©curitĂ© possible.
Il ne relĂšve pas, Ă  lui seul, le plancher de maturitĂ© SSI.


🏁 Conclusion — La souverainetĂ© comme discipline, pas comme posture

La souverainetĂ© numĂ©rique ne se dĂ©crĂšte pas. Elle se construit, se contrĂŽle, et s’entretient. Elle implique des audits, des contraintes, des compromis, et parfois des renoncements.

SecNumCloud n’est ni une arme gĂ©opolitique, ni une politique industrielle dĂ©guisĂ©e. C’est un cadre de sĂ©curitĂ© exigeant, pragmatique, qui permet aux DSI et aux RSSI de parler de cloud sans se raconter d’histoires.

Il ne résout pas tous les problÚmes.
Mais sans lui, il n’y a ni cadre commun, ni niveau de rĂ©fĂ©rence, ni discussion sĂ©rieuse possible.

Et dans un dĂ©bat trop souvent dominĂ© par les slogans, c’est dĂ©jĂ  beaucoup.

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