đŹÂ Une comĂ©die dramatique en production informatique.
- đ Personnages :
- đŹÂ « On est passĂ©s sous LibreOffice⊠en prod »
- đŹÂ âLe navigateur souverainâ
- đŹÂ âCellule de criseâ
- đŹÂ âLe RSSI apparaĂźtâ
- đŹÂ âLes samedis en datacenterâ
- đŹÂ âLe support brĂ»leâ
- đŹÂ âDĂ©brief post-migrationâ
- Ăpisode 1 : La Bascule
- Ăpisode 2 : Le Navigateur du Dragon Bleu
- Ăpisode 3 : LâEffet Papillon
- Ăpisode 4 : Les Samedis Techniques en Datacenter
- 05:12 â Le rassemblement des survivants
- 05:30 â Briefing dâavant-bataille
- 06:00 â Les opĂ©rations commencent
- 06:27 â Premier symptĂŽme de catastrophe
- 06:35 â Le stagiaire commet un acte de bravoure involontaire
- 06:50 â Le retournement de situation
- 06:55 â Le blackout contrĂŽlĂ©
- 07:12 â Le dĂ©briefing du dĂ©sespoir
- Ăpisode 5 : Le Retour des Imprimantes FantĂŽmes
- 08:02 â Lâappel de Michel
- 08:10 â Le dĂ©luge des tickets
- 08:22 â Analyse technique (malheureusement)
- 08:40 â Lâapparition
- 08:50 â Lâintervention
- 09:14 â Le dĂ©sastre
- 09:30 â La chasse au fantĂŽme
- 10:02 â Le rituel de dĂ©sinstallation
- 10:12 â Lâexorcisme imprimant
- 10:45 â Retour au bureau
- Ăpisode 6 : Le Fichier Interdit
- 08:03 â Le frisson
- 08:04 â Lâactivation
- 08:05 â Lâonde de choc
- 08:12 â Salle de crise (Ă©videmment)
- 08:25 â Le diagnostic
- 08:32 â Le sacrifice
- 09:00 â LâaprĂšs-coup
- Ăpisode 7 : TempĂȘte sur la Messagerie
- 08:00 â Le calme avant la baffe
- 08:03 â Le premier cri
- 08:05 â DĂ©but de la tempĂȘte
- 08:12 â Le diagnostic (ou plutĂŽt le dĂ©sespoir)
- 08:25 â Lâapparition du directeur
- 08:40 â Analyse plus profonde⊠et pire
- 09:05 â Plan dâaction (dĂ©sespĂ©rĂ©)
- 09:12 â LâopĂ©ration âTotally Not SMTPâ
- 10:20 â Le retour au calme
- 10:31 â Cliffhanger
- Ăpisode 8 : Le YAML Maudit
- 08:01 â Le premier frisson
- 08:04 â La confession du stagiaire
- 08:10 â LâĂ©tendue du carnage
- 08:16 â Analyse du fichier maudit
- 08:22 â Tentative de correction
- 08:35 â Le moment philosophique de Yann
- 08:42 â La conversion interdite
- 09:00 â Post-mortem
- Ăpisode 9 : LâAudit
- 08:02 â Lâannonce
- 08:06 â LâarrivĂ©e du monstre
- 08:10 â Le dĂ©but de la descente aux enfers
- 08:18 â DeuxiĂšme question
- 08:25 â Le questionnaire dâexĂ©cution
- 08:40 â Le moment oĂč tout sâĂ©croule
- 08:43 â L’auditeur attaque le RSSI
- 09:00 â La question fatale
- 09:12 â Lâappel extĂ©rieur
- 09:30 â Le clou final
- 09:40 â La sauvegarde maudite
- 10:00 â Le verdict provisoire
- Ăpisode 10 : Phoenix RenaĂźt
- 07:55 â Une matinĂ©e presque normale
- 08:15 â Le retour Ă la vie
- 09:00 â Le comitĂ© de pilotage
- 09:45 â Le pot de victoire
- 10:05 â Le gĂ©nĂ©rique de fin⊠presque
- 10:12 â Lâalerte
- 10:13 â LâĂ©cran noir
Dans un avenir pas si lointain â quelque part entre une rĂ©union interminable sur la âstratĂ©gie numĂ©rique nationaleâ et un plan de transformation votĂ© sans lire la page 4 â une grande administration dĂ©cide de faire le grand saut :
abandonner les outils propriétaires pour basculer vers des solutions souveraines et open source.
Dans les présentations PowerPoint, tout semblait parfait.
Dans la vraie vie⊠beaucoup moins.
Du jour au lendemain, milliers de postes de travail dĂ©couvrent quâExcel sâappelle dĂ©sormais Calc, que Teams nâest plus Teams, que SharePoint nâexiste plus, et que leurs imprimantes âcompatibles Windows XPâ refusent catĂ©goriquement de coopĂ©rer avec leur nouveau systĂšme libre.
Au milieu de ce tsunami technologique, une équipe se lÚve chaque matin avec une mission :
empĂȘcher le SI de partir en fumĂ©e.
Eux, ce sont les support heroes.
Les derniers remparts entre les utilisateurs paniqués et le chaos informatique.
Ceux qui répondent au téléphone à 7h02 avec un sourire crispé.
Ceux qui, dans lâombre des datacenters, rĂ©parent, migrent, redĂ©marrent, contournent et improvisent.
Ceux qui ont vu des choses⊠que personne ne croira jamais.
Entre bugs inexpliquĂ©s, incidents critiques, cellules de crise improvisĂ©es, navigateurs exotiques impossibles Ă prononcer et migrations âen douceurâ qui ressemblent Ă des crash-tests aĂ©riens, leur quotidien oscille entre comĂ©die, tragĂ©die et thriller cyber.
Voici leur histoire.
Voici lâenvers du dĂ©cor.
Voici le SUPPORT.
đ Personnages :
- Michel â utilisateur mĂ©tier depuis 1987, allergique au changement.
- Sandrine â mĂ©tier, experte en macros Excel⊠enfin, avant.
- Kevin â technicien support niveau 1, 23 ans, va perdre 6 ans dâespĂ©rance de vie aujourdâhui.
- Le Change Manager â Ă©puisĂ©, 3 cafĂ©s/minute.
- Le RSSI â seul personnage calme⊠ce qui est inquiĂ©tant.
- Un dĂ©veloppeur open source â parle en YAML, ne comprend pas les humains.
đ§Â Kevin â Technicien Support N1
Ăge : 23 ans
SpĂ©cialitĂ© : Trouver la solution avant quâon ne lâaccuse.
Signature : âVous avez essayĂ© de redĂ©marrer ?â (ça marche une fois sur vingt)
đïž Description
FraĂźchement sorti dâune Ă©cole dâinformatique qui lui a enseignĂ© Python, Kubernetes et lâIA, Kevin dĂ©couvre la vraie vie :
â les utilisateurs qui ne savent pas brancher leur clavier USB.
â les imprimantes de 1998.
â les macros Excel de Michel qui contrĂŽlent la moitiĂ© du SI.
Il est encore naĂŻf, encore gentil, encore plein dâespoirs.
Les saisons suivantes dĂ©termineront sâil deviendra un hĂ©ros⊠ou un N2 aigri.
đ Forces
- RapiditĂ© d’exĂ©cution
- Sens du service
- Capacité surnaturelle à rester poli
đ” Faiblesses
- Croyait que LibreOffice Ă©tait âcompatible Excelâ.
- Ne sait pas encore dire ânonâ.
đ Michel â Utilisateur MĂ©tier Senior
Ăge : 58 ans
SpĂ©cialitĂ© : CrĂ©er des fichiers Excel qui contiennent plus de logique quâun ERP.
Signature : âAvant, ça marchait !â
đïž Description
Michel a tout vu : le minitel, Windows 3.1, la migration NT4 â 2000, les postes XP en 2014, et la rupture numĂ©rique de 2025.
Il dĂ©teste le changement, mais il sây adapte. Lentement. TrĂšs lentement.
Son fichier Excel âBudget_2024_FINAL_V12.xlsmâ est considĂ©rĂ© comme un actif stratĂ©gique par trois directions.
đ Forces
- Mémoire encyclopédique des procédures depuis 1987
- TrĂšs gentil, mĂȘme dans la panique
- Capable de briser un systĂšme dâinformation sans le vouloir
đ” Faiblesses
- Ouvre encore Outlook en cliquant 14 fois
- Panique dĂšs quâun bouton change de place
đ§âđŒÂ Sandrine â RĂ©fĂ©rente Applicative MĂ©tier
Ăge : 41 ans
Spécialité : Repérer immédiatement si un changement technique impacte les métiers.
Signature : âPourquoi vous ne nous avez pas prĂ©venus ?â
đïž Description
Sandrine est lâintermĂ©diaire officieuse entre les mĂ©tiers et la DSI.
Si quelque chose casse, elle le sait avant tout le monde.
Elle parle Ă la fois âlangue mĂ©tierâ et âlangue techâ, et ne se laisse jamais impressionner par un architecte en colĂšre.
đ Forces
- Communication parfaite
- RespectĂ©e par tout le monde (mĂȘme les ingĂ©s infra)
- Reportings plus clairs quâun audit Deloitte
đ” Faiblesses
- Allergique aux navigateurs exotiques
- Déteste les migrations planifiées le samedi
đ§âđ»Â Le DĂ©veloppeur Open Source â âYannâ
Ăge : 32 ans
Spécialité : Bidouiller des configs YAML à 3h du matin
Signature : âChez moi ça marche.â
đïž Description
Casquette, sweat sombre, terminal ouvert en permanence.
Il vit entre Git, Linux, et les logs systĂšmes.
Les utilisateurs ? Il en a entendu parler.
Il veut bien aider, mais il faudra lui expliquer pourquoi des humains normaux utilisent encore des fichiers .docx en 2025.
đ Forces
- Résout des problÚmes impossibles
- ConnaĂźt tous les bugs du noyau Linux
- Peut coder un script de contournement en moins de 3 minutes
đ” Faiblesses
- Zéro pédagogie
- Oublie quâun utilisateur nâest pas un conteneur Docker
âĄÂ Le Change Manager â âClĂ©mentâ
Ăge : 39 ans
SpĂ©cialitĂ© : Tenir une salle de crise comme un chef d’orchestre
Signature : âQUI FAIT QUOI ? ON SE FOCUS !â
đïž Description
Câest le pilier. Le roc.
Il gÚre incidents majeurs, changements critiques, conflits entre équipes, samedis techniques et escalades hiérarchiques⊠avec un sang-froid relatif.
Il ne dort presque plus, vit au cafĂ©, et rĂ©pond Ă ses mails plus vite quâOutlook (enfin, son Ă©quivalent open source).
đ Forces
- MaĂźtrise totale dâITIL
- Calme face au chaos
- Peut faire un compte-rendu de crise en 15 minutes chrono
đ” Faiblesses
- Parle en acronymes
- TrĂšs faible exposition au soleil
- Peut dĂ©clencher une rĂ©union pour nâimporte quoi
đ¶Â Le RSSI â âLaurentâ
Ăge : 45 ans
Spécialité : Garder son calme pendant que tout brûle
Signature : âLĂ , on doit dĂ©clarer.â
đïž Description
Toujours calme, toujours froid.
Il voit des risques que personne ne voit, dĂ©tecte les incidents avant mĂȘme quâils ne commencent, connaĂźt le RGPD mieux que sa famille, et a toujours un plan B.
Puis un plan C.
Puis un plan pour quand les plans échouent.
đ Forces
- Analyse laser
- Confiance des directions
- MaĂźtrise totale des crises cyber
đ” Faiblesses
- Ne sourit pas
- Peut dĂ©clencher une âanalyse de risqueâ pour une erreur de typo
đŹÂ « On est passĂ©s sous LibreOffice⊠en prod »
đ Le tĂ©lĂ©phone sonne. Encore.
Kevin dĂ©croche, confiants comme les trois premiĂšres secondes dâune chute libre.
Michel :
Bonjour Kevin, je crois que mon Excel est cassé.
Jâai ouvert un fichier et ça sâappelle⊠Calc ?
Câest un virus ?!
Kevin :
â Non Michel, câest normal. On a migrĂ© sur la suite souveraine.
Calcul câest⊠enfin Calc⊠câest comme Excel, mais sans Excel.
Michel :
âŠ
Et pourquoi ça nâouvre pas ma macro de 1994 qui calcule lâassiette de cotisation en 12 dimensions ?
Kevin :
â Parce que⊠parce que⊠comment te dire sans pleurerâŠ
đŹÂ âLe navigateur souverainâ
Sandrine (au téléphone, paniquée) :
Jâarrive plus Ă accĂ©der Ă lâintranet, ça me dit « fonction non prise en charge ».
Kevin :
â Vous utilisez quel navigateur ?
Sandrine :
Konqui⊠Konquer⊠Conquérant ?
Je sais pas, un truc avec un dragon bleu.
Kevin met son casque en mode avion et appelle le Change Manager.
đŹÂ âCellule de criseâ
Le Change Manager arrive avec une tasse oĂč il est Ă©crit âje survivraiâ.
â OK. Qui a validĂ© le passage du navigateur souverain sans tester l’accĂšs SAP BO ?
Les ingénieurs se regardent.
Un développeur open source lÚve la main.
Dév open source :
â Ăa marche chez moi.
Toute la salle de crise soupire comme une turbine de DC refroidie par larmes humaines.
đŹÂ âLe RSSI apparaĂźtâ
Il entre, calme, presque zen.
Tout le monde se tait.
Il dit une phrase.
RSSI :
â Les utilisateurs ne peuvent plus sâauthentifier : la fĂ©dĂ©ration SSO nâa pas Ă©tĂ© migrĂ©e.
Le silence.
Puis :
Change Manager :
â On a fait quoi ?
Développeur open source :
â Je pensais que vous nâaviez plus besoin de Keycloak aujourdâhui.
Le Change Manager regarde la caméra comme dans The Office.
đŹÂ âLes samedis en datacenterâ
Annonce sur Teams (enfin⊠sur son équivalent franco-libre compliqué à prononcer) :
« OpĂ©ration de maintenance samedi Ă 6h. RedĂ©marrage des clusters, migration NFS â Ceph, rotation des logs souverains, mise Ă jour noyau. »
Michel (en CC dans tous les mails) :
Vous ĂȘtes sĂ»rs que ça va marcher ce truc ?
Le Change Manager :
â Non.
đŹÂ âLe support brĂ»leâ
đ Sonnerie n°784 de la journĂ©e.
Utilisateur :
Mon mail a disparu.
Kevin :
â Vous ĂȘtes sous quoi ?
Utilisateur :
Un truc là ⊠Courriel.
Kevin, sans réfléchir :
â Normal.
Utilisateur :
Comment ça ânormalâ ?
Kevin :
â Non pardon, je voulais dire : âOn va regarder ça⊠plus tard.â
Il met l’appel en attente jusqu’Ă la fin de l’univers.
đŹÂ âDĂ©brief post-migrationâ
Le directeur DSI conclut :
âGlobalement, une migration rĂ©ussie.
Quelques remontées mineures :
â 18 000 tickets support,
â gestion de crise 4 jours,
â 3 rĂ©gressions critiques,
â 1 cellule de crise,
â 1 cluster en read-only,
â des utilisateurs lĂ©gĂšrement frustrĂ©s.
On ajuste le plan de communication.â
Toute la salle hoche la tĂȘte avec ce sourire nerveux des gens qui ne dorment plus.
Ăpisode 1 : La Bascule
Le jour se levait doucement sur lâimmeuble gris de la Direction des SystĂšmes dâInformation. De lâextĂ©rieur, rien nâindiquait que le destin allait frapper. Juste un bĂątiment administratif banal, oĂč des milliers de fichiers Excel dormaient encore, inconscients du cataclysme Ă venir.
à 8h58, un mail interne clignota sur tous les écrans :
Objet : PROJET PHOENIX â Migration vers les outils souverains Ă 09:00.
Ce message est important.
Kevin, technicien support depuis quatre mois, dĂ©glutit. Il avait vaguement entendu parler de âbascule souveraineâ, âlogiciels libresâ, âinteropĂ©rabilitĂ©ââŠ
Des mots prononcĂ©s en rĂ©union avec le mĂȘme enthousiasme quâon annonce une rĂ©forme fiscale.
Ă 09:00, la seconde fatidique tomba.
Les Ă©crans clignotĂšrent, les logiciels se rĂ©initialisĂšrent, et un souffle Ă peine perceptible traversa lâopen space. Celui dâun systĂšme dâinformation qui venait de passer de « stable » à « expĂ©rimental ».
09:02 â Le premier appel
Le tĂ©lĂ©phone de Kevin sonna avant mĂȘme quâil ait replacĂ© sa tasse de cafĂ©.
â Support informatique, bonjour ?
Au bout du fil, la voix reconnaissable entre mille de Michel, utilisateur historique, vétéran du tableur :
â Kevin ? On mâa remplacĂ© Excel par⊠par un truc qui sâappelle Calc. Câest une erreur, hein ?
Kevin inspira profondément.
â Non, Michel, câest normal. Calc, câest comme Excel.
â Comme Excel ? Soit. Mais⊠pourquoi il nây a pas le ruban ? OĂč sont mes macros ? Pourquoi mon classeur sâest ouvert comme si je venais de lâattaquer Ă coups de tournevis ?
Kevin ferma les yeux. La journée promettait.
09:07 â La macro interdite
Dans son bureau tapissĂ© de classeurs, Michel ouvrit un fichier quâil gardait prĂ©cieusement depuis 2004 :
Budget_2004_Macro_FINAL_V3.xlsm.
Ă lâinstant mĂȘme oĂč il lâouvrit, un message rouge sâafficha :
Erreur critique â Fonction non prise en charge.
Puis un autre écran derriÚre lui se figea. Puis un troisiÚme.
Dans le couloir, on entendit un « oh non⊠» collectif.
Michel reposa la souris comme si elle venait de sâenflammer.
â Ce nâĂ©tait pas prĂ©vu, murmura-t-il.
09:12 â La marĂ©e monte
Du cĂŽtĂ© du support, les tickets commençaient Ă tomber comme la pluie dâune tempĂȘte numĂ©rique.
- âImpossible dâouvrir mes macrosâ
- âLâintranet ne rĂ©pond plusâ
- âErreur 403 sur lâappli RHâ
- âLe navigateur souverain planteâ
- âCalc transforme mes chiffres en symboles chinoisâ
Kevin lança un regard désespéré à son collÚgue.
â Je crois quâon va avoir besoin de ClĂ©ment.
09:18 â Le Change Manager arrive
ClĂ©ment, le Change Manager, entra dans la salle support avec la tĂȘte de quelquâun qui a dĂ©jĂ vĂ©cu trop de migrations pour une seule vie. Dans sa main, un cafĂ© serrĂ©, dans son regard, la dĂ©termination dâun pompier face Ă un feu de forĂȘt.
â RĂ©sume-moi la situation, demanda-t-il.
Kevin pivota son écran, affichant une avalanche de tickets rouges.
Clément le contempla un instant, puis dit calmement :
â Ah.
Le genre de « ah » quâon prononce devant un pneu crevĂ© sous la pluie.
â OK, dit-il. Salle de crise. Maintenant.
09:20 â La salle de crise
La piÚce ressemblait à un centre de commandement : écrans muraux, téléphones, ingénieurs attroupés, documents techniques ouverts.
Sandrine, rĂ©fĂ©rente mĂ©tier, tapait dĂ©jĂ sur son clavier avec lâintensitĂ© dâune chirurgienne.
Le dĂ©veloppeur open source, Yann, releva la tĂȘte en entendant les mots âSSO cassĂ©â.
â Jâai peut-ĂȘtre fait un patch hier soir, dit-il. Mais ça marchait chez moi.
Sandrine se retourna lentement.
â Chez toi ?
â Oui⊠enfin sur ma VM.
Un silence sâabattit.
MĂȘme les ventilateurs des serveurs semblaient retenir leur souffle.
09:31 â LâĂ©tat des lieux
Le RSSI arriva, calme comme un moine dans un incendie.
â Authentification instable, annonce-t-il.
â Macros inutilisables.
â Intranet incompatible avec le navigateur souverain.
â Plusieurs applications critiques hors service.
Kevin déglutit.
â Donc⊠tout est cassĂ© ?
â Oui, confirma le RSSI.
Avec le mĂȘme ton quâon utiliserait pour dire : âIl va encore pleuvoir.â
Clément prit une grande inspiration.
â TrĂšs bien. On reprend dans lâordre. Restauration du SSO. Priorisation des mĂ©tiers. Contournements pour les macros.
Et surtout⊠communication immédiate. Avant que la direction arrive avec des fourches.
10:12 â Premier souffle
AprĂšs dâĂąpres manipulations, Yann parvint enfin Ă redonner vie au connecteur SSO grĂące Ă un script qui ressemblait davantage Ă une incantation quâĂ du code.
Sandrine valida lâaccĂšs aux applications.
Les tickets diminuĂšrent.
Le systĂšme reprenait forme humaine.
Michel appela Kevin pour lâinformer, triomphant :
â Jâai rĂ©ussi Ă ouvrir un fichier, Kevin ! Sans les macros⊠mais câest un dĂ©but.
Kevin sourit.
Un petit sourire fatigué, mais réel.
Clément leva son café comme un général victorieux :
â On a survĂ©cu Ă la bascule.
â Pour aujourdâhui, câest dĂ©jĂ bien.
Postface de lâĂ©pisode
Alors que la salle se vidait, un dernier ticket jaillit sur lâĂ©cran.
URGENT : Navigateurs souverains bloqués sur toute la région.
La lumiÚre des néons clignota étrangement.
La tempĂȘte nâĂ©tait pas finie.
Elle ne faisait que commencer.
Ăpisode 2 : Le Navigateur du Dragon Bleu
Le lendemain matin, la DSI ressemblait Ă une salle dâattente aux urgences aprĂšs un feu dâartifice ratĂ© :
â des gens affolĂ©s,
â des Ă©crans qui clignotent,
â et une odeur dâangoisse qui traĂźnait dans les couloirs.
La migration du jour précédent avait laissé des traces.
Mais lâĂ©quipe espĂ©rait un peu de calme.
Juste un tout petit peu.
Câest Ă ce moment exact que lâenfer dĂ©cida de se prĂ©senter sous une nouvelle forme : le Navigateur Souverain, alias ConquĂ©rant, alias âle truc avec le dragon bleuâ.
08:42 â Le premier bug
Sandrine arriva au support, tenant sa tasse de café comme un talisman de protection mentale.
â Bonjour, jâai un souci, commença-t-elle calmement.
â Le nouvel intranet⊠refuse de sâouvrir.
Kevin leva les yeux de son écran.
â Il affiche quoi ?
Sandrine se racla la gorge et lut :
Fonction JavaScript non prise en charge : please contact your administrator.
â Il me tutoie maintenant, dit-elle.
â Je ne suis pas sĂ»re dâapprĂ©cier.
Kevin ouvrit son navigateur souverain lui aussi.
LâicĂŽne Ă©tait un dragon bleu beaucoup trop enthousiaste pour un logiciel gouvernemental.
On aurait dit la mascotte dâun MMORPG bulgare.
Il tapa lâadresse de lâintranet.
LâĂ©cran devint blanc.
Puis gris.
Puis noir.
Puis bleu.
Puis blanc.
Puis⊠rien.
â Il vient de⊠redĂ©marrer ? demanda-t-il, bouche bĂ©e.
Sandrine soupira.
â Oui, il fait ça.
â Trois fois par minute.
08:57 â LâĂ©pidĂ©mie se propage
Les tickets dâincidents commencĂšrent Ă tomber comme de la grĂȘle numĂ©rique :
- âDragon bleu crash sur connexionâ
- âApplication RH ne sâaffiche plusâ
- âNavigateur souverain efface mes ongletsâ
- âCalc sâouvre quand je clique sur un lien HTTPSâ
- âMa barre de favoris a disparuâ
Clément arriva en traßnant les pieds.
Il nâavait pas encore eu son cafĂ©.
CâĂ©tait dangereux.
â Bon, quâest-ce qui brĂ»le encore ?
Kevin hésita.
â Le⊠le dragon.
â Quel dragon ?
â Le navigateur.
Clément ferma les yeux trÚs fort.
â Vous ĂȘtes en train de me dire quâon a un incident majeur⊠provoquĂ© par une application⊠au logo de dragon⊠bleu ?
Sandrine acquiesça.
â Bleu turquoise, mĂȘme.
ClĂ©ment sâassit.
Lentement.
Comme un homme qui renonce Ă se battre contre le destin.
09:10 â EnquĂȘte technique
La salle de crise fut rĂ©activĂ©e, comme si elle nâavait jamais cessĂ© dâĂȘtre utilisĂ©e.
Yann, le développeur open source, analysait le systÚme.
Son visage exprimait lâexact mĂ©lange de fascination et dâhorreur quâon voit chez les archĂ©ologues quand ils dĂ©couvrent un sarcophage piĂ©gĂ©.
â Alors ? demanda ClĂ©ment.
â Câest⊠particulier, rĂ©pondit Yann.
â Le navigateur souverain utilise un moteur rendu obsolĂšte en 2014.
â Ils lâont âamĂ©liorĂ©â, apparemment.
â AmĂ©liorĂ© comment ? demanda Kevin.
Yann fit défiler un fichier de configuration qui tenait plus du grimoire gothique que du code.
â Ils ont⊠comment dire⊠forcĂ© certaines options incompatibles avec 80 % du web moderne.
Sandrine leva un sourcil.
â ForcĂ© ?
â Oui. Ă coups de commentaires rageux dans le code, si je puis dire.
Le RSSI approcha, les mains dans le dos, serein comme un maĂźtre zen.
â Ăa veut dire que le navigateur⊠bloque volontairement⊠les scripts ?
â Oui, confirma Yann.
â Et parfois⊠il en bloque trop.
â Et parfois⊠il bloque tout.
Sandrine secoua la tĂȘte.
â GĂ©nial.
â On a migrĂ© vers un navigateur ascĂšte.
â Qui a dĂ©cidĂ© que le web moderne, câĂ©tait trop tentant pour les utilisateurs.
09:37 â Le cas de Monsieur Lemoine
Un appel du métier remonta :
Utilisateur :
Bonjour, jâai un problĂšme important.
Mon navigateur se ferme quand je clique sur âImprimerâ.
Kevin tenta dâexpliquer.
â Câest parce que le navigateur souverain ne gĂšre pas encore les imprimantes rĂ©seau.
Utilisateur :
Eh bien⊠il ne gÚre pas non plus les imprimantes locales.
Ni les PDF.
Ni le copier-coller.
Ni⊠les pages web, finalement.
Un silence gĂȘnĂ© sâinstalla.
Kevin écrivit dans sa fiche incident :
« SĂ©vĂ©ritĂ© : critique â utilisateur en phase de dĂ©sespoir avancĂ©. »
10:12 â ClĂ©ment tente le tout pour le tout
â Bon, dit ClĂ©ment.
â Plan dâaction :
- Créer un contournement.
- Autoriser temporairement le navigateur non souverain.
- Ne surtout pas prĂ©venir la comâ.
Sandrine leva la main.
â Je vote pour.
Le RSSI hocha la tĂȘte.
â Je ne dirai rien si personne ne dit rien.
Yann sourit comme un hacker face Ă une serrure fragile.
â Je peux dĂ©ployer lâancien navigateur⊠sous un autre nom.
â Sous quel nom ? demanda ClĂ©ment.
Yann réfléchit.
â Explorateur Administratif Temporaire.
â Acronyme : EAT.
Sandrine éclata de rire.
â Câest parfait. Les chefs ne remarqueront jamais.
11:03 â RĂ©solution provisoire
Le navigateur souverain resta installé.
Parce quâil fallait bien ârespecter la doctrineâ.
Mais discrĂštement, silencieusement, tel un logiciel clandestin, EAT apparut sur les postes.
Miracle :
les applications fonctionnaient,
les intranets sâouvraient,
les utilisateurs respiraient.
Michel, lui, appela pour dire :
â Votre truc marche mieux que le dragon bleu.
â Câest normal ?
Kevin soupira.
â Oui Michel.
â Câest normal.
Il nâavait jamais dit cette phrase avec autant de lassitude.
12:00 â Pause dĂ©jeuner
LâĂ©quipe souffla un peu.
Clément sirota son café froid.
â On a survĂ©cu Ă la journĂ©e, dit-il.
Le RSSI le regarda avec un calme inquiétant.
â Oui.
â Mais demain, on sâattaque Ă la messagerie souveraine.
Un frisson parcourut lâĂ©quipe.
MĂȘme les nĂ©ons tremblĂšrent.
â Le Dragon Bleu a Ă©tĂ© vaincu.
â Provisoirement.
â TrĂšs provisoirement.
Ăpisode 3 : LâEffet Papillon
Le troisiÚme jour de la migration souveraine commençait sous un ciel aussi gris que la motivation des équipes IT.
Dans les couloirs, on distinguait une rumeur fĂ©brile, comme un courant dâair dâinquiĂ©tude :
lâenvironnement souverain tenait encore debout.
Ă peine.
Fragile comme un chùteau de cartes posé sur un lave-linge en essorage.
ClĂ©ment entra dans lâopen space, confiant, presque joyeux.
CâĂ©tait mauvais signe.
Les jours oĂč ClĂ©ment arrivait de bonne humeur finissaient gĂ©nĂ©ralement en catastrophe naturelle de niveau 15.
08:13 â Le ticket maudit
Kevin vit soudain son Ă©cran sâilluminer de rouge :
Erreur SSO : Authentification impossible â âCertificat expirĂ©â
â ⊠Non, murmura-t-il.
â Pas ça. Pas aujourdâhui.
Il cliqua pour vérifier.
Le certificat ?
Un simple âpâtit fichierâ de rien du tout.
Celui qui permet Ă toute lâorganisation de prouver qui elle est Ă ses propres serveurs.
Le truc absolument trivial, que personne ne considĂšre jamaisâŠ
JusquâĂ ce quâil explose comme un pĂ©tard mal rangĂ©.
Kevin rafraĂźchit lâĂ©cran.
La date dâexpiration affichĂ©e :
Il y a deux jours.
Il devint pĂąle.
Blanc.
Transparent.
Puis il se tourna vers Clément.
â Le certificat SSO⊠vient⊠dâexpirer.
Clément resta immobile.
Comme si son Ăąme venait de quitter son corps pour aller vivre ailleurs, loin du service public.
08:15 â Lâeffet papillon
Ă lâautre bout du bĂątiment :
- Lâoutil de gestion des congĂ©s refuse de sâouvrir.
- Les applications RH tombent en CARAFE.
- Les outils internes crient âERREUR DâIDENTITĂâ.
- Une Ă©quipe mĂ©tier pense ĂȘtre hackĂ©e.
- Michel nâarrive plus Ă se connecter Ă son poste.
- Un directeur ne peut plus envoyer dâe-mail et exige une âintervention immĂ©diate au plus haut niveauâ.
- Une cheffe de projet panique : âTous mes onglets ont disparu !â
Le systĂšme dâinformation entier venait de perdre la notion dâidentitĂ©.
Littéralement.
Yann, le développeur open source, arriva en trottinant.
â Je crois que le SSO est downâŠ
Kevin hurla intérieurement : NON, SANS BLAGUE ?!
08:22 â Salle de crise. AGAIN.
La salle encore chaude des deux jours précédents fut réouverte.
Elle nâavait mĂȘme pas eu le temps de refroidir.
Clément prit la parole.
â OK. Qui devait renouveler ce certificat ?
Silence.
Silence absolu.
On entendit presque le ventilateur du routeur respirer.
Une main se leva timidement.
CâĂ©tait celle du stagiaire.
Le pauvre stagiaire.
â Je crois⊠que câĂ©tait⊠dans ma to-do listâŠ
Clément ferma les yeux.
Longtemps.
Trop longtemps.
Sandrine intervint, diplomate :
â Ce nâest pas grave. On va rĂ©gler ça.
â Ce nâest pas comme si lâentiĂšretĂ© du systĂšme dâinformation dĂ©pendait dâun seul certificat numĂ©rique minuscule et oubliĂ©.
Le RSSI toussa.
â En rĂ©alité⊠câest exactement ça.
08:30 â Le brainstorming de la panique
Sur lâĂ©cran mural apparaissent les impacts :
- 14 000 utilisateurs impossibles Ă authentifier
- 380 applications en erreur
- 6 équipes en crise
- 2 directeurs menaçant de venir âvoir ça de plus prĂšsâ
- 1 stagiaire sur le point de changer de métier
Yann analyse les logs :
â Le certificat est expirĂ© depuis 48 heures.
â Donc techniquement, ça a tenu par miracle jusquâĂ ce matin.
Sandrine :
â Câest pas un miracle, câest du dĂ©ni.
Clément :
â On peut renouveler le certificat ?
Yann :
â Oui, maisâŠ
â Le serveur souverain ne veut plus accepter la demande.
Clément :
â Pourquoi ?
Yann :
â Il dit quâon nâexiste plus.
Le RSSI se masse le front. Il parle lentement :
â Le systĂšme dâauthentificationâŠ
â penseâŠ
â que lâorganisationâŠ
â nâa plus dâidentitĂ© lĂ©gale.
Sandrine éclate de rire nerveusement.
â Parfait.
â On est devenus hors-la-loi administrativement.
09:02 â La tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e
Une premiÚre tentative de renouvellement échoue.
Puis une deuxiĂšme.
Puis une troisiĂšme.
Ă la quatriĂšme, le serveur souverain affiche un message absurde :
âErreur : DĂ©jĂ trop de tentatives. Merci de rĂ©essayer dans⊠24 heures.â
Clément explose :
â 24 HEURES ?!
â MAIS ON TIENDRA PAS 24 MINUTES !
Kevin sâeffondre dans sa chaise.
â On a⊠dĂ©truit le SSO.
Sandrine rectifie :
â Non, pas nous.
â Le certificat.
â Et lâorganisation.
â Et la doctrine souveraine.
â Et le stagiaire.
Le stagiaire ne dit plus rien.
Il fixe le vide.
Il médite sur son avenir.
09:45 â Le contournement de lâombre
Yann se met à taper frénétiquement sur son clavier.
â Jâai une idĂ©e.
â Pas orthodoxe.
â Pas conforme.
â Pas lĂ©gale techniquement.
â Pas conforme Ă la doctrine.
â Mais ça peut marcher.
Clément se penche.
â Jâadore. Fais-le.
Yann crĂ©e alors unâŠ
certificat auto-signé.
Un certificat illégitime, non homologué, non souverain, pas sécurisé du tout⊠mais fonctionnel.
Sandrine blĂȘmit.
â Tu vas⊠usurper lâidentitĂ© du systĂšme ?
Yann :
â Techniquement oui.
â Moralement non.
â On dĂ©panne.
â Câest humanitaire.
Clément :
â JE SIGNE.
â JE CONTRE-SIGNE.
â JE FAIS UN TAMPO N SI TU VEUX.
Kevin tremble.
Le RSSI souffle profondément.
Puis dit, résigné :
â Faites-le.
â Et ensuite on ne parle jamais de ce moment.
10:03 â RĂ©surrection
Yann pousse le certificat pirate.
Les serveurs clignotent.
Les logs respirent.
Le SSO revient Ă la vie comme un zombie administratif.
Les connexions reprennent.
Les applis redémarrent.
Michel peut enfin se reconnecter.
â Kevin ?
â Je crois que ça remarche.
â Enfin⊠Calc me dit quâil veut me parler, mais câest normal ?
Kevin nâa plus la force de rĂ©pondre.
Il laisse juste sa tĂȘte tomber sur le bureau.
11:12 â Debrief
Clément annonce :
â Incident majeur terminĂ©.
â REX demain.
â Merci Ă tous.
â Mention spĂ©ciale Ă Yann pour la solution⊠crĂ©ative.
Yann sourit modestement.
Le stagiaire pleure doucement dans un coin.
Le RSSI ajoute :
â Et maintenantâŠ
â On va planifier une politique de renouvellement automatique des certificats.
Kevin ose demander :
â Ăa existe ?
Le RSSI répond :
â Oui.
â Depuis 2009.
Silence.
Silence total.
Consternation générale.
12:03 â Cliffhanger
Alors que tout semble sous contrĂŽleâŠ
un nouveau ticket apparaĂźt :
âIncident critique : le systĂšme mail souverain rejette tous les messages externes.â
Clément pùlit.
Sandrine soupire.
Yann lĂšve les yeux au ciel.
Kevin rebranche son casque.
Le stagiaire fuit discrĂštement.
La migration souveraine venait dâouvrir le quatriĂšme cercle du chaos.
Ăpisode 4 : Les Samedis Techniques en Datacenter
Il existe deux types de gens dans la vie :
â ceux qui dorment le samedi matin,
â et ceux qui redĂ©marrent des clusters SAN Ă 6h en priant tous les saints du RAID 10.
LâĂ©quipe SUPPORT appartient Ă la deuxiĂšme catĂ©gorie.
Et aujourdâhui, câĂ©tait samedi technique.
Le préféré de personne.
05:12 â Le rassemblement des survivants
Le parking du datacenter Ă©tait plongĂ© dans la nuit, Ă©clairĂ© seulement par dâantiques lampadaires au sodium qui donnaient Ă la scĂšne un air de thriller scandinave.
Les membres de lâĂ©quipe arrivĂšrent un par un, chacun dans un Ă©tat de fatigue avancĂ©, comme des zombies corporate.
- Clément, les yeux rouges, tenant un sac rempli de cafés.
- Yann, le dĂ©veloppeur open source, vĂȘtement identique Ă la veille (peut-ĂȘtre la semaine derniĂšre aussi).
- Sandrine, qui ne comprend toujours pas pourquoi elle doit ĂȘtre lĂ âau cas oĂč.â
- Kevin, avec lâĂ©nergie dâun Ă©tudiant qui part en partiel sans avoir rĂ©visĂ©.
- Le RSSI, complÚtement calme, ce qui inquiétait tout le monde.
- Le stagiaire, déjà en train de regretter son orientation professionnelle.
Ils passÚrent les sas de sécurité, chacun donnant leur badge, puis leur téléphone, puis leur ùme.
05:30 â Briefing dâavant-bataille
Dans la salle de réunion glaciale du datacenter, Clément installa son ordinateur et afficha la liste des opérations prévues :
- Mise Ă jour du noyau Linux sur les serveurs souverains
- Patch du systĂšme de stockage âSouverain FSâ
- Redémarrage progressif des clusters
- Mise Ă jour du firmware des switchs cĆur de rĂ©seau
- Migration des logs vers le nouveau systĂšme libre âLogLibre++ Beta 0.8.2â
Sandrine lut la liste, puis dit trĂšs calmement :
â Alors lĂ , je vous le dis : il y a au moins trois bombes nuclĂ©aires lĂ -dedans.
Le RSSI ajouta, stoĂŻque :
â Oui, mais on doit le faire aujourdâhui.
â Les patchs corrigent 41 failles critiques.
â Dont 3 âoĂč un stagiaire pourrait prendre le contrĂŽle du SI sans le vouloir.â
Le stagiaire leva timidement la main.
â Câest dĂ©jĂ arrivĂ© ?
Tout le monde le regarda sans répondre.
06:00 â Les opĂ©rations commencent
Yann lança la mise Ă jour des serveurs souverains. LâĂ©cran clignota, affichant :
Applying patch⊠please wait
Estimated time: 5 minutes
Kevin éclata de rire.
â Cinq minutes ?
â Mais oui. Et moi je suis le roi dâAngleterre.
Clément :
â Concentre-toi Kevin.
Le serveur resta figé à 1% pendant six minutes,
puis sauta directement Ă 87%,
puis revint Ă 12%,
avant dâafficher un message absurde :
The kernel is unsure.
Retrying with confidenceâŠ
Yann se pencha en avant.
â Câest⊠nouveau.
06:27 â Premier symptĂŽme de catastrophe
Sandrine regardait les écrans muraux.
â Euh⊠ditesâŠ
â Pourquoi le cluster secondaire sâest mis Ă clignoter en orange ?
Le RSSI sâapprocha.
â Ce nâest pas orange.
â Câest ambre.
â Ambre foncĂ©.
â Câest pire.
ClĂ©ment sâimmobilisa.
â Le cluster ambre⊠câest le mode oĂč il âattend une dĂ©cision de lâhumainâ, câest ça ?
Yann hocha la tĂȘte.
â Oui.
â Câest le mode oĂč il dit âJe peux mourir ou survivre. Dis-moi juste quoi faire.â
Sandrine blĂȘmit.
â Et⊠il attend longtemps ?
Silence.
06:35 â Le stagiaire commet un acte de bravoure involontaire
Le stagiaire, voulant aider, brancha un cĂąble RJ45 dans un port marquĂ© âNE PAS UTILISER â maintenanceâ.
Il aurait dĂ» se douter que ce nâĂ©tait pas dĂ©coratif.
Un bip retentit.
Un switch afficha un message rouge.
Le rĂ©seau du datacenter fit un bruit Ă©trange, comme un ventilateur qui fait une crise dâangoisse.
Kevin hurla :
â FAUT PAS TOUCHER LES CHOSES QUI DISENT âNE PAS UTILISERâ !!
Le stagiaire bafouilla :
â CâĂ©tait le seul cĂąble qui entrait !
Yann explosa :
â CâĂTAIT UN PIĂGE !
â CâEST TOUJOURS UN PIĂGE !!
Clément tenta de garder son calme.
â OK, pas de panique.
â Quâest-ce quâon a perdu ?
Sandrine, vérifiant les écrans :
â La moitiĂ© des liens rĂ©seau.
â Et la supervision.
â Et probablement une partie de la dignitĂ© du dĂ©partement.
06:50 â Le retournement de situation
Le RSSI, étonnamment calme, prit une décision radicale :
â On dĂ©branche tout.
â On rebascule sur lâinfrastructure secondaire.
â Et on prie.
Les techniciens se regardĂšrent.
Débrancher tout ?
Ă 6h50 du matin ?
Un samedi ?
ClĂ©ment hocha la tĂȘte.
â ExĂ©cution.
06:55 â Le blackout contrĂŽlĂ©
Les serveurs sâĂ©teignirent un Ă un.
Les ventilateurs ralentirent.
Le ronronnement du datacenter diminuaâŠ
comme un dragon gĂ©ant quâon endort avec un seau dâeau glacĂ©e.
Pendant trois secondes, il ne se passa rien.
Puis, doucement⊠trĂšs doucementâŠ
les machines secondaires redémarrÚrent.
Une par une.
Miraculeusement.
Yann souffla.
â Ăa marche.
â Je ne sais pas pourquoi, mais ça marche.
Clément leva les yeux au plafond.
â On ne cherche pas Ă comprendre.
â On ne touche plus Ă rien.
â On rentre.
07:12 â Le dĂ©briefing du dĂ©sespoir
Dans le parking, alors que le soleil commençait à se lever, Sandrine déclara :
â Câest officiel : je hais les samedis techniques.
Le stagiaire tremblait encore.
â Je veux changer de formation.
â Genre⊠devenir boulanger.
Yann lui tapota lâĂ©paule.
â La boulangerie est un secteur stable.
â Fonce.
Le RSSI ajouta en rangeant son casque :
â Vous avez tous bien travaillĂ©.
â On nâa perdu que trois serveurs, deux switchs, quatorze minutes de productionâŠ
â Et un peu de santĂ© mentale.
Clément prit une grande inspiration.
â Demain, repos.
â Lundi⊠mise en production de la messagerie souveraine.
Ils se figĂšrent.
Kevin avala de travers.
Sandrine pĂąlit.
Yann murmura :
â On va mourir.
Ăpisode 5 : Le Retour des Imprimantes FantĂŽmes
Si lâenfer existe, il ressemble probablement Ă un open-space administratif rempli dâimprimantes.
Pas des imprimantes modernes.
Non.
Des imprimantes réseau héritées de 2004, maintenues en vie grùce à des pactes sombres et du scotch.
Le lundi matin, lâĂ©quipe SUPPORT allait dĂ©couvrir que la migration souveraine avait rĂ©veillĂ© quelque chose quâon croyait endormi depuis longtemps.
Quelque chose dâancien.
Quelque chose de mauvais.
Quelque chose⊠dâimprimant.
08:02 â Lâappel de Michel
Le téléphone de Kevin sonna.
Il sut immĂ©diatement que câĂ©tait Michel.
Il y a des voix qui portent la détresse dans leur vibration.
â Kevin ?
â Câest revenu.
Kevin fronça les sourcils.
â Quoi donc ?
Un silence.
Long.
Trop long.
â Lâimprimante, dit Michel dâune voix creuse.
Kevin posa sa tasse.
Il sentit un frisson dans le dos.
â Quelle imprimante ?
â La 3e Ă©tage, couloir sud.
â Celle qui a dĂ©jĂ tentĂ© de mâimprimer un test page en boucle en 2017.
â Elle⊠recommence.
Kevin blĂȘmit.
08:10 â Le dĂ©luge des tickets
Les tickets commencĂšrent Ă pleuvoir.
Non.
Ă bombarder.
- âMon imprimante imprime des pages blanches.â
- âMon imprimante imprime des pages noires.â
- âMon imprimante imprime Ă lâenvers.â
- âMon imprimante imprime en 4 exemplaires des trucs que je nâai pas demandĂ©s.â
- âMon imprimante imprime encore le document de vendredi.â
- âJe nâai plus dâimprimante.â
- âJâai TROIS imprimantes maintenant.â
Kevin tenta dâen ouvrir un au hasard.
Il le referma immédiatement.
Trop traumatisant.
08:22 â Analyse technique (malheureusement)
Yann arriva, les cheveux Ă©bouriffĂ©s comme sâil avait passĂ© la nuit Ă compiler des trucs.
â Les pilotes propriĂ©taires ne sont plus compatibles avec le systĂšme souverain, expliqua-t-il.
â Du coup, le systĂšme les remplace par des pilotes gĂ©nĂ©riques.
Kevin demanda, déjà inquiet :
â Et⊠ça fait quoi ?
â Eh bienâŠ
â Parfois ça imprime.
â Parfois ça imprime mal.
â Parfois ça imprime dans une autre langue.
â Parfois ça imprime dans un autre bĂątiment.
Sandrine releva la tĂȘte :
â Pardon ?
â Dans un autre bĂątiment ?
Yann hocha la tĂȘte trĂšs sĂ©rieusement.
â Oui.
â On a dĂ©tectĂ© une imprimante souveraine au rez-de-chaussĂ©e qui reçoit des jobs de lâĂ©tage 3.
â Et inversement.
â Un vĂ©ritable Ă©change culturel entre imprimantes.
08:40 â Lâapparition
Michel descendit au support, tenant une pile de feuilles qui tremblaient autant que lui.
â Regardez-moi ça ! cria-t-il.
â Jâai imprimĂ© un bon de commande.
â Et elle mâa sorti ĂA !
Il posa une feuille sur le bureau.
CâĂ©taitâŠ
un mélange de runes illisibles,
de symboles bizarres,
de fragments de code PostScript,
et une ligne Ă la fin :
/Error GhostEntity NotFound
Sandrine se pencha :
â GhostEntityâŠ
â Câest le driver fantĂŽme.
â InventĂ© pour âsimulerâ une imprimante quand elle nâexiste plus vraiment.
Kevin fit tomber son stylo.
â UNE IMPRIMANTE QUI NâEXISTE PLUS ?!
Michel hocha la tĂȘte.
â Je crois⊠quâelle est revenue dâentre les morts.
08:50 â Lâintervention
Clément arriva, tourmenté par deux jours de messagerie souveraine instable et trois samedis techniques ratés.
Il prit une profonde inspiration.
â Bon.
â On va dĂ©sinstaller les imprimantes du 3e Ă©tage.
â Toutes.
â Une par une.
Sandrine leva un doigt.
â Mais si on les dĂ©sinstalleâŠ
â Les utilisateurs ne pourront plus imprimer.
Yann intervint :
â Sâils ne peuvent plus imprimerâŠ
â ils ne crĂ©eront plus dâincidents.
Clément approuva.
â Satisfait.
â Efficace.
â On fait ça.
09:14 â Le dĂ©sastre
Comme tout plan IT brillant sur le papier, celui-ci échoua immédiatement.
DĂ©sinstaller les imprimantes eutâŠ
un effet inverse.
Le systĂšme souverain dĂ©tecta automatiquement âlâabsence dâimprimantes essentiellesâ
et décida, de sa propre initiative :
âInstallation automatique dâimprimantes alternatives.â
En lâespace de 30 secondes :
- Les utilisateurs du 3e étage virent apparaßtre des imprimantes du 1er.
- Les utilisateurs du 2e mirent la main sur des imprimantes du 6e (bĂątiment voisin).
- Un service entier hĂ©rita de lâimprimante de lâaccueil.
- MichelâŠ
⊠Michel hĂ©rita dâune imprimante qui se trouvait dans un bureau fermĂ© depuis 2015.
Kevin le regarda, mortifié.
â Michel, jeâŠ
â Je nâai mĂȘme pas de mots.
Michel, livide, murmura :
â Elle existe encore, Kevin.
â Et elle imprime.
09:30 â La chasse au fantĂŽme
Yann, armĂ© de son laptop sous Linux, partit dans les couloirs Ă la recherche de lâimprimante fantĂŽme.
â On la localise comment ? demanda Kevin.
â Avec le scanner rĂ©seau souverain, rĂ©pondit Yann.
Il lança la commande :
scanlibre --discover --printers --ghost-mode
Le systĂšme renvoya :
Imprimante détectée : UNKNOWN_DEVICE_00
Localisation : ???
Statut : en activité
Description : modÚle inexistant dans la base de données
Kevin commença à paniquer.
â On⊠a une imprimante sans emplacement ?
â Oui, confirma Yann.
â Et elle reçoit encore des jobs dâimpression.
Sandrine murmura :
â Câest du paranormal numĂ©rique.
â Je refuse de gĂ©rer ça.
10:02 â Le rituel de dĂ©sinstallation
AprĂšs 30 minutes dâexploration, ils trouvĂšrent enfin lâimprimante.
Elle Ă©tait dans un ancien local technique, recouverte de poussiĂšre, dĂ©branchĂ©e, maisâŠ
une LED clignotait.
â Elle est⊠allumĂ©e ? demanda Kevin, horrifiĂ©.
Yann secoua la tĂȘte.
â Impossible.
â Elle nâa pas de prise.
Un silence.
Puis Sandrine dit :
â Câest quoi le protocole dans ces cas-lĂ ?
Le RSSI rĂ©pondit dâune voix calme, mais ferme :
â On la dĂ©branche.
â On la sort du rĂ©seau.
â On la brĂ»le sâil faut.
â Mais on coupe le flux malĂ©fique.
ClĂ©ment sâexclama :
â ON LA MET HORS SERVICE.
â MAINTENANT.
10:12 â Lâexorcisme imprimant
Yann sâavança.
Il débrancha le cùble réseau.
Lâimprimante vibra.
Puis une page sortit.
Une seule.
Avec écrit, au centre :
GOODBYE
Puis la LED sâĂ©teignit.
Pour de bon.
Le groupe resta figé.
Michel, terrifié, demanda :
â Vous avez dĂ©jĂ vu ça ?
Le RSSI rangea son badge.
â Non.
â Et nous nâen parlerons plus jamais.
10:45 â Retour au bureau
Dans lâopen space, un ticket sâafficha :
Incident résolu : les imprimantes fonctionnent à nouveau.
Kevin éclata de rire.
ClĂ©ment sâeffondra dans un fauteuil.
Yann ouvrit une biÚre (il était 10h, mais ça comptait comme aprÚs-midi dans IT).
Sandrine murmura :
â CâĂ©tait⊠intense.
Michel sâapprocha, les yeux encore perdus.
â Kevin ?
â Je peux imprimer ?
Kevin prit une profonde inspiration.
â MichelâŠ
â Essayons.
â Doucement.
Ăpisode 6 : Le Fichier Interdit
Dans chaque organisation, il existe des reliques dangereuses que personne nâose toucher.
Des fichiers maudits, trop lourds, trop anciens, trop⊠vivants.
Des fichiers transmis de gĂ©nĂ©ration dâagents en gĂ©nĂ©ration dâagents, protĂ©gĂ©s comme des artefacts sacrĂ©s.
Certains disent quâils renferment des macros VBA si anciennes que mĂȘme le diable ne sait plus comment elles fonctionnent.
Ă la DSI, on les appelle :
Les Fichiers Interdits.
Et ce matin-lĂ , Michel allait en ouvrir un.
08:03 â Le frisson
Michel entra dans son bureau.
Il sâassit.
Il posa sa tasse de chicorée.
Il ouvrit Calc (avec déjà un soupçon de haine).
Puis il alla chercher un fichier quâil nâavait pas ouvert depuis longtemps, rangĂ© dans un dossier profond, trĂšs profond :
FINANCES_ARCHIVES_2002_V12_FINAL_OK.xlsm
Le genre de nom qui annonce déjà la catastrophe.
Il cliqua.
Le fichier mit dix secondes Ă sâouvrir.
Puis vingt.
Puis trente.
Michel fronça les sourcils.
Il tapota la table.
â Allez, ma belle. Ouvre-toiâŠ
Le fichier sâouvrit.
Et câest lĂ que tout bascula.
08:04 â Lâactivation
Un message apparut :
âVoulez-vous activer les macros ?â
Michel cliqua âOuiâ.
Bien sĂ»r quâil cliqua âOuiâ.
Michel clique toujours âOuiâ.
Et lĂ âŠ
Lâordinateur Ă©mit un bruit Ă©trange.
Quelque part dans le bùtiment, une alimentation électrique grésilla.
Un ventilateur de serveur se mit Ă hurler.
Puis une fenĂȘtre sâafficha, Ă©norme, clignotante, agressive :
ERREUR CRITIQUE : Fonction VB âCalcOfDoom()â non reconnue
Puis une deuxiĂšme :
Cycle infini détecté : STOP STOP STOP STOP STOP
Puis une troisiĂšme :
Impossible dâexĂ©cuter la macro : fichier trop ancien, trop dangereux, trop⊠mauvais.
Michel recula.
â Oh non.
â Oh non.
08:05 â Lâonde de choc
Sur le réseau :
- Le serveur mĂ©tier âFinanceâ se mit en surcharge.
- Lâintranet afficha des erreurs bizarres.
- Le systÚme souverain bloqua toute activité suspecte.
- Un service entier perdit lâaccĂšs Ă ses dossiers.
- Et au 2e étage, une comptable se mit à crier :
â âJâAI UN MATH ERROR DANS MON TABLEAU !â
Kevin, en train de boire un café, posa brusquement sa tasse.
â Non.
â Pas un MATH ERRORâŠ
Il ouvrit son écran de supervision.
Des dizaines dâincidents arrivaient.
Tous liés à des fichiers Excel⊠enfin, Calc⊠enfin, des trucs hybrides.
Clément arriva en courant.
â Qui a ouvert un fichier interdit ?!
Un silence.
Puis, dans lâopen-space, Michel leva timidement la main.
â Câest peut-ĂȘtre⊠moi ?
Le visage de Clément se contracta.
â Peut-ĂȘtre ?
Michel avala sa salive.
â Jâai ouvert le fichier âFINANCES_ARCHIVES_2002ââŠ
Yann se prit la tĂȘte Ă deux mains.
â Mais câest un artefact, Michel !
â TU NE LIS PAS LES MESSAGES QUI DISENT âĂ NE PAS UTILISERâ ?!
Michel répondit, sincÚrement :
â Je ne pensais pas que câĂ©tait sĂ©rieux.
08:12 â Salle de crise (Ă©videmment)
Sur lâĂ©cran gĂ©ant, le fichier interdit apparaissait en plein milieu, tel un monolithe diabolique.
Ses macros tentent de sâexĂ©cuter.
Le systĂšme souverain tente de les bloquer.
Un combat de titans, absurde et catastrophique.
Sandrine ouvrit le fichier en mode lecture.
Une macro sâafficha.
Du vrai code VBA de guerre, écrit à la truelle.
Des âOn Error Resume Nextâ partout.
Des âGoto 666â.
Des boucles While True absolument criminelles.
Et, pire encoreâŠ
des lignes en COMPLĂTE CAPS LOCK.
Elle murmura :
â Qui a programmĂ© ça ?
â Un sorcier ? Un dĂ©moniste ? Un stagiaire en 2002 ?
Yann répondit :
â Probablement les trois.
08:25 â Le diagnostic
Le RSSI arriva, calme comme un prĂȘtre exorciste.
â La macro tente dâaccĂ©der Ă un rĂ©pertoire rĂ©seau supprimĂ© en 2011, expliqua-t-il.
â Elle provoque un cycle dâerreurs qui surcharge les serveurs.
â Si ça continue, le cluster finance va tomber.
Kevin écarquilla les yeux.
â Et on peut⊠arrĂȘter le fichier ?
Yann blĂȘmit.
â On peut essayer⊠mais certaines macros VBA de cette Ă©poqueâŠ
â sont autonomes.
Clément prit une profonde inspiration.
â OK.
â Quelquâun doit lâaffronter.
Un silence religieux sâinstalla.
Puis Kevin murmura :
â ⊠Non.
Puis Michel :
â Je refuse. Jâai une famille.
Puis Sandrine :
â Je suis fonctionnaire, pas suicidaire.
Le regard de Clément se posa sur le stagiaire.
Le stagiaire pĂąlit.
â Pourquoi⊠vous me regardez ?
08:32 â Le sacrifice
Le stagiaire sâapprocha du poste de Michel.
Il mit des gants (personne nâa compris pourquoi).
Il souleva la souris.
Il visa la fenĂȘtre du fichier.
Il cliqua sur FORCER FERMETURE.
Un bruit sourd se produisit.
Comme si un serveur venait de lĂącher un dernier souffle.
Le fichier se ferma.
LâĂ©cran redevint stable.
Le réseau respira.
Tout le monde resta immobile.
Clément dit finalement :
â Câest fini.
â On a survĂ©cu.
Yann ajouta :
â On devrait mettre ce fichier dans un coffre.
â Et jeter le coffre dans un volcan.
Le RSSI approuva.
â Je valide.
Michel, encore tremblant, demanda :
â Je peux rĂ©cupĂ©rer les donnĂ©es du fichier ?
Trois personnes criĂšrent en mĂȘme temps :
â NON !!!
09:00 â LâaprĂšs-coup
Les incidents cessĂšrent.
La supervision repassa au vert.
Les utilisateurs retrouvĂšrent leurs dossiers.
Au support, un ticket sâafficha :
Incident résolu : fichier interdit neutralisé.
Clément sourit faiblement.
â Bon.
â Rendez-vous demain pour traiterâŠ
â les documents Word hĂ©ritĂ©s de 2001.
Sandrine blĂȘmit :
â Les .doc ?
â Pas les .docâŠ
â PAS LES .DOC !!!
Kevin ferma les yeux.
â Seigneur.
â Donnez-nous la force.
Ăpisode 7 : TempĂȘte sur la Messagerie
Il existe trois Ă©vĂ©nements capables de provoquer une panique totale dans nâimporte quelle administration :
- La paie qui ne part pas.
- Lâintranet qui disparaĂźt.
- La messagerie qui tombe.
Et ce matin-lĂ , câest prĂ©cisĂ©ment ce qui arriva.
08:00 â Le calme avant la baffe
Kevin venait Ă peine dâarriver.
Il ouvrit PigeoMail â la messagerie souveraine fraĂźchement dĂ©ployĂ©e la semaine prĂ©cĂ©dente.
Il tenta de supprimer un mail.
Le mail refusa.
Il tenta dâen envoyer un.
Le mail se dupliqua.
Il tenta dâen ouvrir un.
La fenĂȘtre resta blanche, comme si le logiciel cherchait encore le sens de la vie.
Il fronça les sourcils.
â Câest bizarreâŠ
Puis lâĂ©cran afficha un message inquiĂ©tant :
âImpossible dâaccĂ©der au serveur. Vous ĂȘtes peut-ĂȘtre en train de rĂȘver.â
Kevin se redressa.
â ⊠Pardon ?!
08:03 â Le premier cri
Un hurlement résonna dans le couloir.
â JâAI PERDU MA BOĂTE MAIL !!!
CâĂ©tait Patricia, de la comptabilitĂ©.
Elle tenait son clavier Ă deux mains comme un panneau de manifestation.
â Tout a disparu !
â Mes mails ! Mes dossiers ! Mes archives ! MES MACROS EXCEL EN PIĂCE JOINTE !!
Kevin se serait volontiers enfui, mais il était trop lent.
08:05 â DĂ©but de la tempĂȘte
Les tickets affluĂšrent comme un tsunami bureaucratique :
- âPigeoMail refuse dâenvoyer mes messages.â
- âTous mes mails sont datĂ©s de 1970.â
- âJâai reçu 243 fois le mĂȘme mail.â
- âJâai envoyĂ© un mail Ă mon chef, il lâa reçu vide.â
- âJâai reçu un mail de moi-mĂȘme alors que je ne me suis rien envoyĂ©.â
- âMa signature est remplacĂ©e par un QR code bizarre.â
- âPiĂšces jointes illisibles.â
- âErreur : protocole âgouvernanceâ introuvable.â
- âMessage dâerreur : âCet email nâest pas souverainâ.â
Kevin fixa lâĂ©cran, horrifiĂ©.
Clément arriva à cÎté de lui.
â RĂ©sume-moi.
Kevin montra les tickets.
Clément pùlit.
â Ah.
â OK.
â Salle de crise.
â Tout de suite.
08:12 â Le diagnostic (ou plutĂŽt le dĂ©sespoir)
Dans la salle de crise, une alarme clignotait déjà sur le serveur mail souverain.
Sandrine expliqua, dâun ton dĂ©sespĂ©rĂ© :
â Les utilisateurs ne peuvent plus envoyer de mails.
â Ceux quâils reçoivent arrivent en triple, quadrupleâŠ
â Et certains messages disparaissent totalement.
Yann analysait les logs.
Il tapait vite.
TrĂšs vite.
Trop vite.
â Le protocole SMTP⊠a Ă©tĂ© remplacĂ© par une version modifiĂ©e, dit-il.
Clément haussa un sourcil.
â ModifiĂ©e comment ?
Yann déglutit.
â Ils lâont remplacĂ© par un protocole âSMP-Sovereignâ.
â Câest comme SMTPâŠ
â Mais avec des contrĂŽles⊠supplĂ©mentaires.
Sandrine :
â Quels contrĂŽles ?
Yann :
â Il vĂ©rifie que :
- Le message est suffisamment âsouverainâ.
- Le message respecte la doctrine de sécurité.
- Le contenu nâest pas trop long.
- Le contenu nâest pas trop court.
- Le contenu nâest pas ambigu.
- Le ton est approprié.
- Lâheure dâenvoi est âlĂ©galeâ.
- Le mail âfait sensâ selon lâIA souveraine.
Kevin ouvrit des yeux comme des soucoupes.
â Attends.
â LâIA souveraine dĂ©cideâŠ
â si un mail âfait sensâ ?
Yann hocha la tĂȘte.
â Oui.
â Et si elle trouve que ce nâest pas le casâŠ
â Elle le jette.
Sandrine résuma immédiatement :
â Donc les utilisateurs ne peuvent plus envoyer⊠aucun mail ?
Yann :
â Oui.
08:25 â Lâapparition du directeur
Le Directeur Général débarqua en personne dans la salle de crise.
On aurait dit une tempĂȘte en costume.
â Je viens dâenvoyer un mail, dit-il.
â Il est revenu avec le message :
âVotre communication a Ă©tĂ© rejetĂ©e pour manque de pertinence.â
Il trembla.
â MON MAIL A ĂTĂ TRAITĂ DâIMPERTINENT !!!
Clément tenta de le calmer.
â Monsieur le Directeur, la messagerie souveraineâŠ
â Souveraine ou pas, elle va apprendre LA PERTINENCE AVEC MOI !
Kevin se recroquevilla sur sa chaise.
08:40 â Analyse plus profonde⊠et pire
Le RSSI examina la configuration.
Il prononça une phrase qui fit frissonner toute la piÚce :
â On ne peut plus envoyer de mails externes.
â La messagerie souveraine bloque tout ce qui nâest pas un domaine interne.
Silence.
Long.
TrĂšs long.
Sandrine articula :
â DoncâŠ
â plus de mails aux fournisseurs ?
â Non.
â Plus de mails aux partenaires ?
â Non.
â Plus de mails aux usagers ?
â Non.
â Plus de mails Ă PERSONNE en fait ?
â Exact, confirma le RSSI.
â Le systĂšme estime que la correspondance externe est une âmenace diffuseâ.
Kevin pensa quâil allait pleurer.
09:05 â Plan dâaction (dĂ©sespĂ©rĂ©)
Clément tenta de maßtriser la situation.
â OK. Solutions ?
Yann leva la main.
â Une seule.
â On contourne le protocole souverain.
â En activantâŠ
â le mode compatibilitĂ© clandestine.
Le RSSI se tourna vivement vers lui.
â Je croyais que ce mode Ă©tait interdit !
Yann sourit.
â Il lâest.
Clément répondit :
â Fais-le.
â On dira que câĂ©tait un accident.
Sandrine ajouta :
â Je peux faire un REX oĂč on dit que âle protocole souverain a spontanĂ©ment dĂ©cidĂ© dâĂȘtre raisonnable.â
Le Directeur Général approuva :
â Faites-le.
â Et faites vite.
â Je veux pouvoir envoyer mes mails.
â Je dois rĂ©pondre Ă ma femme avant quâelle ne pense que je lâignore.
09:12 â LâopĂ©ration âTotally Not SMTPâ
Yann ouvrit une fenĂȘtre terminal.
Il tapa une commande interdite :
sovereign-mail --disable-AI --enable-smtp --force --stealth
Le serveur hésita.
Puis répondit :
âAction non conforme Ă la doctrine.â
Yann tapa :
--i-dont-care
Le serveur vibra.
Puis céda.
Les boĂźtes mail se reconnectĂšrent.
Les messages partirent.
Les dossiers réapparurent.
La vie reprit.
Michel appela Kevin.
â Kevin ?
â Jâai reçu un mail.
â Un seul.
â Juste un mail.
â Merci.
â Merci infiniment.
Kevin soupira.
â De rien, Michel.
â De rien.
10:20 â Le retour au calme
Clément fit le point.
â OK, câest bon.
â Messagerie rĂ©tablie.
â Externe et interne.
â IA souveraine dĂ©sactivĂ©e (temporairement).
â ProblĂšme rĂ©glĂ©.
â On fait comme si de rien nâĂ©tait.
Le Directeur acquiesça.
â Et on ne reparlera jamais du protocole âimpertinentâ.
Tout le monde approuva.
Le RSSI ajouta :
â On dĂ©clare quand mĂȘme un incident majeur.
â Mais trĂšs, trĂšs flou.
10:31 â Cliffhanger
Alors que la paix revenait doucementâŠ
un message apparut sur lâĂ©cran de supervision :
ALERTE : Le navigateur souverain a mis en quarantaine lâapplication RH.
Raison : âExcessive complexitĂ©.â
ClĂ©ment se prit la tĂȘte entre les mains.
â On nâen sortira jamais.
Ăpisode 8 : Le YAML Maudit
On dit souvent quâun chĂąteau peut sâeffondrer Ă cause dâune seule pierre mal taillĂ©e.
Dans lâinformatique moderne, ce rĂŽle est tenu par le YAML.
Un fichier blanc, innocent, minuscule.
Mais qui contient plus de piĂšges que les ruines dâun temple maya.
Un espace de travers, et câest la fin.
Une indentation en trop, et câest lâapocalypse.
Et ce matin, quelquâun avait commis lâimpensable :
modifier un YAML souverain.
08:01 â Le premier frisson
Clément ouvrit son tableau de bord.
Le cluster applicatif souverain était⊠bizarre.
Pas jaune.
Pas rouge.
Pas vert.
Arc-en-ciel.
â Ăa veut dire quoi, ça ? demanda Kevin.
Yann arriva en traĂźnant les pieds.
â Quand un cluster est en mode âarc-en-cielâ, câest que les services ne savent plus dans quel Ă©tat ils sont.
â Ils hĂ©sitent entre : âje marcheâ, âje meursâ, âje vis peut-ĂȘtreâ, âlaissez-moi tranquilleâ, âqui suis-jeâ, et âoĂč est ma configurationâ.
Clément se passa la main sur le visage.
â Quâest-ce qui a Ă©tĂ© modifiĂ© ?
Le RSSI répondit :
â Un fichier YAML, hier soir, Ă 23h42.
Silence.
Froid.
Long.
Glaçant.
Sandrine demanda :
â Qui⊠qui a touchĂ© le YAML ?
Une main se leva.
Le stagiaire.
Ăvidemment.
08:04 â La confession du stagiaire
Le stagiaire balbutia :
â Jâai juste⊠corrigĂ© une faute dâorthographe dans un commentaire.
â CâĂ©tait Ă©crit âpermetâ avec un T.
â Je voulais aiderâŠ
Yann devint livide.
â TU AS ĂDITĂ UN YAML ?
â Oui mais juste un commentaire !
Yann hurla intérieurement.
â Câest YAML, pas Word !
â ON NE TOUCHE PAS AUX COMMENTAIRES !
â ILS FONT PARTIE DE LâĂQUILIBRE COSMIQUE !!
08:10 â LâĂ©tendue du carnage
Les services souverains se comportaient⊠étrangement.
- Le service dâauthentification refusait certains utilisateurs âpar principeâ.
- Le moteur applicatif redĂ©marrait en boucle, affichant âErreur 500 (Ă cause de vous).â
- Un microservice se prenait pour un autre.
- Un autre croyait quâil devait tourner en France et au Kazakhstan.
- Les logs Ă©taient pleins de : âinvalid indentâ, âexpected â:â but found miseryâ, âunknown key âraison_de_vivreââ.
Kevin fixait lâĂ©cran.
â Pourquoi il y a un message disant :
âJe ne peux pas charger ce pod, il nâa plus de sens dans lâuniversâ ?
Yann répondit :
â Câest normal.
â Le YAML a perdu son indent.
â Quand le YAML perd son indent⊠tout perd son indent.
08:16 â Analyse du fichier maudit
Sur lâĂ©cran gĂ©ant, le fichier YAML sâafficha.
Sandrine pencha la tĂȘte.
â Câest⊠ça. Ce petit fichier ridicule qui a mis le chaos ?
Yann hocha la tĂȘte.
â Oui.
â Ce minuscule morceau de texte contrĂŽle 42 microservices.
Kevin :
â Et si on met une indentation correcte ?
Yann :
â Câest un YAML souverain.
â Il ne veut pas ĂȘtre rĂ©parĂ©.
â Il veut ĂȘtre⊠interprĂ©tĂ©.
Le RSSI ajouta :
â Les YAML souverains ne suivent aucune norme.
â Ils suivent âlâinterprĂ©tation stratĂ©giqueâ.
Kevin :
â LâinterprĂ©tation de QUI ?
Clément :
â De personne.
â Câest ça le problĂšme.
08:22 â Tentative de correction
Yann remonta ses manches.
â OK.
â Je vais tenter une restauration.
Il ouvrit le fichier.
Il réaligna les indentations.
Il reformata.
Il pria silencieusement.
Puis il commit :
fix: indentation hell
Le cluster rĂ©agitâŠ
immédiatement.
Les services se mirent à redémarrer.
Tous.
En mĂȘme temps.
Comme une chorégraphie de panique.
Les écrans affichÚrent :
- CrashLoopBackOff
- ImagePullError
- Unknown state? Really?
- The system is confused. Please comfort it.
Kevin recula.
â Ce YAML⊠est⊠diabolique.
08:35 â Le moment philosophique de Yann
Yann sâassit au bord de la table.
Il avait lâair dâun homme brisĂ©.
â Vous savez, dit-il calmement, il y a deux types de dĂ©veloppeurs dans la vie :
- Ceux qui ont cassé un cluster avec un YAML.
- Ceux qui mentent.
Sandrine hocha la tĂȘte.
â Je vois.
â Et nous⊠on a fait un combo Ă©motionnel.
Clément soupira.
â Solution alternative ?
Yann :
â Oui.
â Le plan B.
â Celui quâon ne devrait jamais utiliser.
Kevin :
â Le plan B ?
Yann hocha la tĂȘte.
â Le contournement illĂ©gal.
Le RSSI demanda :
â Quelle mĂ©thode ?
Yann se leva.
â On va faire⊠un JSON.
Kevin hurla :
â NON !
â PAS ĂA !!
â PAS UN JSON A LA PLACE DâUN YAML !!!
Yann sourit.
â Câest ça ou la fin du SI.
08:42 â La conversion interdite
Yann tapa :
yaml_2_json --force --no-moral-consideration
Le serveur afficha :
âConversion interdite selon la doctrine souveraine.â
âVoulez-vous contourner cette interdiction ? (oui/YES)â
Yann tapa âYESâ.
Le serveur vibra.
Les services frémirent.
Les pods se réorganisÚrent.
Un microservice cria en binaire.
PuisâŠ
Tout reprit vie.
Les clusters repassĂšrent au vert.
Lâarc-en-ciel disparut.
Les applications rechargĂšrent.
Les logs redevirent lisibles.
Sandrine souffla :
â On⊠a rĂ©ussi ?
Yann répondit :
â Non.
â On a trichĂ©.
â Mais ça marche, et câest tout ce qui compte.
09:00 â Post-mortem
Clément écrivit sur le tableau :
âJOUR 8 : YAML 0 â DSI 1 (par forfait)â
Tout le monde applaudit faiblement.
Michel passa la tĂȘte dans lâopen space.
â Bonjour !
â Juste pour dire :
â Calc marche.
â Mais maintenant il me dit quâil veut âsynchroniser mes donnĂ©es YAMLâ.
Kevin hurla :
â NOOOOOOOOON !!!
Ăpisode 9 : LâAudit
Il est 08h00.
Un matin comme les autres.
Enfin presque : personne ne sait encore que la journĂ©e va virer au film dâhorreur administratif.
08:02 â Lâannonce
ClĂ©ment arrive dans lâopen space, lâair⊠dĂ©vastĂ©.
â Ils arrivent.
â Qui ça ? demande Kevin.
Clément avale difficilement sa salive.
â Les auditeurs.
Silence.
Lourd.
Oppressant.
Une tension palpable, comme avant un orage nucléaire.
Sandrine se fige, une pile de tickets Ă la main.
â MaisâŠ
â On nâĂ©tait pas censĂ©s ĂȘtre auditĂ©s⊠cette annĂ©e ?
ClĂ©ment secoue dĂ©sespĂ©rĂ©ment la tĂȘte.
â CâĂ©tait prĂ©vu.
â Mais ils ont dĂ©cidĂ© dâavancer lâaudit.
â âPour tester notre rĂ©activitĂ©.â
Kevin lĂąche sa tasse.
Elle sâĂ©crase au sol.
Le stagiaire pleure intérieurement.
08:06 â LâarrivĂ©e du monstre
La porte sâouvre.
Entrent deux individus, costumes gris, classeurs sous le bras, sourire froid.
Ce sont les auditeurs.
Leurs badges RFID semblent briller comme ceux des boss de fin de niveau.
Le premier, trĂšs sec, annonce :
â Bonjour. Audit conformitĂ© & sĂ©curitĂ©.
â Merci de nous fournir :
- les procédures
- la preuve dâapplication des procĂ©dures
- la preuve de la preuve
- les logs des preuves
- et tout ce que vous nâavez pas envie de nous montrer.
Kevin murmure :
â On est foutus.
08:10 â Le dĂ©but de la descente aux enfers
Lâaudit commence immĂ©diatement.
Sans pitié, sans préchauffage, sans vaseline.
PremiĂšre question :
â OĂč est votre cartographie du SI Ă jour ?
Silence.
Personne nâose rĂ©pondre.
Yann finit par dire :
â Elle existeâŠ
â mais elle estâŠ
â conceptuelle.
Lâauditeur note quelque chose.
Probablement âincompĂ©tence cosmiqueâ, mais il ne le dira pas.
08:18 â DeuxiĂšme question
â Avez-vous la documentation de vos processus incident/problĂšme/changement ?
Sandrine répond :
â Oui, tout Ă fait !
Lâauditeur :
â Alors montrez-les.
Sandrine :
â EuhâŠ
â Je veux dire⊠on les a dansâŠ
â un drive quelque partâŠ
â surâŠ
â un ancien espace⊠archivĂ©âŠ
â avant la migration souveraineâŠ
Lâauditeur :
â Donc vous ne les avez pas.
Sandrine :
â ⊠si.
Lâauditeur :
â Mais vous ne savez pas oĂč.
Sandrine :
â ⊠non.
Kevin se tape la tĂȘte contre la table.
08:25 â Le questionnaire dâexĂ©cution
Lâauditeur sort une liste interminable :
- Trace des mises en production
- Historique des changements
- Preuve de la validation métier
- Justification des dérogations
- Validation du RSSI
- Rapport dâimpact
- Captures dâĂ©cran
- Signatures
- Archivage
- âConformitĂ© stratĂ©gique souveraineâ
ClĂ©ment fixe la liste comme si câĂ©tait un test de mathĂ©matiques extraterrestre.
â MaisâŠ
â Personne nâa tout ça.
â MĂȘme Dieu nâa pas tout ça.
Lâauditeur sourit lĂ©gĂšrement.
â Ce nâest pas un problĂšme.
â Vous devez seulement ĂȘtre capable de nous les fournir.
ClĂ©ment sâeffondre sur sa chaise.
08:40 â Le moment oĂč tout sâĂ©croule
Un microservice plante.
Puis deux.
Puis tout un cluster.
Lâauditeur :
â Est-ce normal ?
Kevin :
â Oui.
â Enfin non.
â Enfin⊠ça dĂ©pend.
â Câest normal que ça arrive, mais pas maintenant.
â Enfin si, ça arrive toujours maintenant.
â Je dĂ©teste ma vie.
08:43 â L’auditeur attaque le RSSI
â OĂč est votre politique de journalisation ?
Le RSSI répond, trÚs sûr de lui :
â Dans notre rĂ©fĂ©rentiel interne souverain.
â Montrez-la.
Le RSSI hésite.
â ElleâŠ
â nâest pas encore publiĂ©e.
Lâauditeur :
â Depuis combien de temps ?
Le RSSI :
â 2019.
Lâauditeur note.
On entend Kevin respirer comme un animal blessé.
09:00 â La question fatale
Lâauditeur regarde Yann.
â Pouvez-vous nous expliquer la modification du YAML dâhier soir Ă 23h42 ?
Le stagiaire devient transparent.
Yann répond :
â CâĂ©tait un acte de survie.
â Nous avons fait ce que nous devions faire.
Lâauditeur :
â Ce nâest pas conforme.
Yann, philosophe :
â Rien nâest conforme quand le monde brĂ»le.
Lâauditeur note quelque chose.
Probablement ârisque sociologiqueâ.
09:12 â Lâappel extĂ©rieur
Michel arrive en courant.
â ClĂ©ment !
â Je dois imprimer un document pour lâaudit !
Clément lÚve la main.
â NON, MICHEL.
â Ne touche Ă AUCUNE imprimante.
â JAMAIS.
â JAMAIS PENDANT UN AUDIT.
Lâauditeur demande :
â Les imprimantes posent problĂšme ?
Kevin rit jaune.
â Les imprimantes SONT un problĂšme.
09:30 â Le clou final
Lâauditeur sort sa phrase ultime :
â Nous allons maintenant tester vos sauvegardes.
Le sang se retire du visage de tout le monde.
Clément tente désespérément :
â On nâest pas obligĂ©s, si ?
â Câest une option, non ?
Lâauditeur :
â Non.
â Câest obligatoire.
Sandrine murmure :
â Je prĂ©fĂšre encore mourir dans un YAML.
09:40 â La sauvegarde maudite
Yann lance la restauration de test.
Le serveur répond :
âSauvegarde introuvable.â
Yann recommence.
âSauvegarde corrompue.â
Clément pùlit.
â Yann⊠arrĂȘte.
â On va finir en prison informatique.
Le RSSI tente de justifier :
â La migration souveraine a changĂ© lâemplacementâŠ
Lâauditeur :
â Donc vous nâavez pas de sauvegarde ?
Silence.
Yann, honnĂȘte :
â Pas⊠complĂštement.
Lâauditeur Ă©crit frĂ©nĂ©tiquement.
10:00 â Le verdict provisoire
Lâauditeur ferme son classeur.
â Merci.
â Nous reviendrons aprĂšs dĂ©jeuner.
Puis il sort, laissant derriĂšre lui :
une DSI en état de choc,
un Clément en apnée,
un RSSI en burn-out imminent,
un stagiaire traumatisé,
et Michel qui demande :
â On dĂ©jeune oĂč ?
Kevin sâĂ©crie :
â On dĂ©jeune en enfer, MICHEL.
â On dĂ©jeune en enfer.
Ăpisode 10 : Phoenix RenaĂźt
(Final de la Saison 1)
07:55 â Une matinĂ©e presque normale
Pour la premiĂšre fois depuis trois semaines, le soleil brillait dans lâopen space.
Les écrans étaient au vert.
Les services tournaient.
Les imprimantes⊠obéissaient.
Le SSO répondait.
MĂȘme la messagerie souveraine semblait de bonne humeur.
Kevin arriva, mĂ©fiant, comme un vĂ©tĂ©ran qui nâa plus confiance dans les accalmies.
â Câest calme.
Yann répondit :
â Trop calme.
Sandrine, en train de boire un thé :
â On peut peut-ĂȘtre⊠profiter ?
â Prendre un vrai petit-dĂ©jeuner ?
â Faire une pause ?
Clément réfléchit.
Il nâavait pas eu une minute de rĂ©pit depuis le YAML maudit, lâaudit surprise et la macro dĂ©moniaque.
Il déclara :
â AujourdâhuiâŠ
â On respire.
Tout le monde applaudit faiblement, comme des rescapés de guerre.
08:15 â Le retour Ă la vie
LâĂ©quipe recevait des compliments de collĂšgues (fait rarissime).
Les tickets se stabilisaient.
Lâaudit nâĂ©tait pas excellent, mais pas catastrophique.
La messagerie envoyait et recevait sans juger les mails.
Le stagiaire sourit mĂȘme pour la premiĂšre fois depuis trois jours.
Michel passa la tĂȘte :
â Ăa marche !
â Tout marche !
â MĂȘme mon tableau de bord !
â Câest un miracle !
Kevin regarda Clément.
â Tu crois que⊠câest fini ?
Clément répondit :
â Jây crois presque.
09:00 â Le comitĂ© de pilotage
Dans la grande salle de réunion, la DSI faisait un point global :
- Les incidents étaient en baisse
- Les problÚmes en cours étaient sous contrÎle
- Les changements du week-end étaient passés
- Le systĂšme souverain semblait enfin stable
- Le cluster avait retrouvé son identité
Le Directeur Général déclara :
â Bravo.
â Vous avez surmontĂ© beaucoup dâĂ©preuves.
â Le SI est plus solide quâavant.
â Et surtout, vous avez dĂ©montrĂ© une formidable capacitĂ© dâadaptation.
Applaudissements.
Soupirs de soulagement.
Sourires sincĂšres.
Yann se laissa mĂȘme aller Ă dire :
â On pourrait presque lancer une automatisation ou deux.
Clément :
â Oui, mais doucement.
â Aujourdâhui, on ne casse rien.
09:45 â Le pot de victoire
Un collĂšgue arriva avec des croissants.
Sandrine alluma une playlist chill.
Le RSSI buvait un café sans trembler.
Tout le monde louait âla renaissance du systĂšmeâ.
Certains parlaient mĂȘme dâun âretour Ă la normalitĂ©â.
Le nom du projet commença à circuler :
Phoenix
Parce que le SI revenait de ses cendres.
Parce quâil avait brĂ»lĂ©, agonisĂ©, explosé⊠puis survĂ©cu.
Kevin leva un verre en plastique :
â Ă nous !
â Aux nuits blanches !
â Aux clusters !
â Aux YAML !
â Aux macros possĂ©dĂ©es !
â Et au fait quâon est encore en vie !
Rires.
Pour la premiĂšre fois â des rires sincĂšres.
10:05 â Le gĂ©nĂ©rique de fin⊠presque
Tout le monde retourna Ă son poste avec un sentiment de victoire.
ClĂ©ment songea mĂȘme Ă partir Ă lâheure ce soir.
Le stagiaire se dit quâil resterait peut-ĂȘtre pour une saison 2 de son stage.
Yann envisagea un commit propre, sans contournement interdit.
Sandrine sâautorisa un sourire.
Kevin lança un ticket prĂ©ventif, juste pour avoir lâair sĂ©rieux.
LâĂ©cran de supervision Ă©tait parfait :
tout vert.
Symbole dâun SI enfin apaisĂ©.
Clément murmura :
â On y est.
â Phoenix a bel et bien renaĂźt.
Kevin hocha la tĂȘte.
â Ouais.
â On a gagnĂ©.
La caméra (imaginaire) remontait, la musique montait, la lumiÚre se faisait douce.
On sentait la fin de saison approcherâŠ
10:12 â Lâalerte
Un bip.
Minuscule.
Presque discret.
Puis un deuxiĂšme.
Puis un troisiĂšme.
Kevin se figea.
â ⊠ClĂ©ment ?
ClĂ©ment se tourna lentement vers lâĂ©cran de supervision.
Une petite alerte venait dâapparaĂźtre.
En jaune.
Rien de grave.
Puis une deuxiĂšme.
Rouge.
Puis une troisiĂšme.
Rouge foncé.
Puis le clignotement général.
LâĂ©cran afficha :
ALERTE MAJEURE â APPLICATION RH INDISPONIBLE
Raison : âComplexitĂ© excessive dĂ©tectĂ©e par le Navigateur Souverain.â
Le sang quitta tous les visages.
Sandrine murmura :
â NooooonâŠ
â Pas lâapplication RHâŠ
â Pas⊠elle.
Le stagiaire chuchota :
â On nâa jamais survĂ©cu Ă un crash RH.
Yann fixa lâĂ©cran.
â NonâŠ
â Non⊠non⊠nonâŠ
â Pas ça.
Clément prit une profonde inspiration.
â On y retourne.
â Tout le monde en salle de crise.
â Maintenant.
La musique triomphante fut remplacée par un violon dramatique.
10:13 â LâĂ©cran noir
LâĂ©cran gĂ©ant sâĂ©teint.
Un message apparaĂźt :
âEpisode 10 â FINâ
âSaison 2 â BientĂŽt disponibleâ
