đŸ›°ïž Office 365, Azure AD, souverainetĂ© : on se trompe de combat (et on adore ça)

Je vois encore passer, toutes les semaines, des posts qui nous rejouent le grand classique :
“Office 365 n’est pas souverain, bannissons Microsoft des entreprises !”
C’est un peu le niveau “dĂ©bat de comptoir cyber”, mais version LinkedIn : ça rassure, ça crĂ©e de l’engagement, mais ça n’aide personne Ă  comprendre les vrais enjeux.

Parce qu’en rĂ©alitĂ©, l’équation souverainetĂ© ≠ Office.
La souverainetĂ©, c’est l’endroit oĂč se trouvent vos dĂ©pendances critiques, pas la couleur de votre suite bureautique.

Et, spoiler : si votre SI tombe parce que Word ne se lance plus, ce n’est pas un problĂšme de souverainetĂ©, c’est un problĂšme de management.

Alors remettons l’église, le cloud et le DNS au milieu du village.


1ïžâƒŁ Le vrai cƓur du problĂšme : Azure AD / Entra ID, pas Word ni Teams

Soyons sérieux : Word ne va pas se réveiller un matin en transférant vos fichiers aux services de renseignement américains.
Le problĂšme, c’est Azure AD, devenu la colonne vertĂ©brale de l’IT moderne.

Pourquoi c’est lĂ  que la souverainetĂ© se joue ?

Parce que :

  • C’est le centre nĂ©vralgique de vos identitĂ©s.
  • C’est ce qui donne l’accĂšs à tout : SaaS, VPN, Wi-Fi, MDM, apps internes.
  • C’est un point de dĂ©faillance unique : si Azure AD tombe, votre SI devient une salle d’attente.
  • C’est extraterritorial par design : Cloud Act, FISA 702, Executive Orders
 mĂȘme hĂ©bergĂ© en Europe, ça reste amĂ©ricain.
  • Vous ne pouvez ni contrĂŽler, ni auditer, ni rĂ©pliquer totalement Entra ID.

On ne parle pas d’un petit risque.
On parle d’une dĂ©pendance structurelle Ă  un acteur Ă©tranger qui contrĂŽle :

  • vos identitĂ©s,
  • vos devices,
  • vos accĂšs,
  • vos workflows d’authentification.

Donc oui : le sujet souverainetĂ© n’est pas Office 365, c’est l’identity plane.
Et ça, la plupart des dĂ©bats l’oublient complĂštement.


2ïžâƒŁ Office 365 : l’arbre qui cache la forĂȘt (et que tout le monde adore couper)

Soyons honnĂȘtes : taper sur Office 365, c’est simple, visible et populaire.
Les utilisateurs connaissent : Word, Excel, Outlook.
Donc on se dit “Si on enlùve Microsoft Office, on est souverains !”.

C’est mignon, mais
 non.

Les vraies dépendances ne sont pas dans Word mais dans :

  • OneDrive → stockage dans un cloud amĂ©ricain
  • SharePoint Online → cƓur documentaire externalisĂ©
  • Exchange Online → messagerie critique hors-sol
  • Teams → moteur collaboratif branchĂ© sur un backend US
  • Graph API → votre SI dĂ©pend de la politique produit de Redmond

Tu peux trĂšs bien :

  • utiliser Outlook on-prem,
  • dĂ©sactiver OneDrive,
  • garder les clients Office installĂ©s localement,
  • filtrer la synchro cloud,
  • interdire SharePoint Online,
  • forcer le stockage interne.

Et continuer Ă  ĂȘtre souverainement opĂ©rationnel.

Le problùme n’est pas l’outil, mais l’usage.

Office n’est pas souverain ou non.
Il est ce que votre gouvernance en fait.


3ïžâƒŁ L’usage de OneDrive : la vraie faille, la vraie dĂ©pendance

On parle trop peu de ce point-lĂ  :
OneDrive est souvent LE trou noir de souverainetĂ© dans Microsoft 365.

Pourquoi ?

  • C’est du stockage cloud amĂ©ricain,
  • avec de la synchronisation automatique,
  • sans traçabilitĂ© granulaire rĂ©elle cĂŽtĂ© client,
  • sans maĂźtrise de la fragmentation,
  • sous Cloud Act mĂȘme si c’est “hĂ©bergĂ© en Europe”.

Un bon sysadmin :

  • dĂ©sactive le lancement de OneDrive,
  • bloque les connexions Ă  onedrive.live.com,
  • supprime les policies de synchro automatique,
  • impose des stockages locaux, NFS ou SMB,
  • met un DLP interne.

Mais ça demande une maturité technique ET une volonté politique.
Les deux manquent souvent.


4ïžâƒŁ Sortir d’Office : facile techniquement, trĂšs compliquĂ© humainement

On peut sortir d’Office.
Techniquement, c’est mĂȘme relativement simple :

  • LibreOffice → suite lourde mais robuste,
  • OnlyOffice → meilleur pour le collaboratif local,
  • Collabora Online → alternative souveraine crĂ©dible,
  • Passage au format ODF,
  • Phase-out des macros VBA,
  • Portage vers Python, JS ou solutions internes.

Le vrai défi ?
L’utilisateur.

L’ĂȘtre humain adore ce qu’il connaĂźt.
Changer d’outil, c’est casser un rituel.
Et tant que l’outil fonctionne “assez bien”, aucune Direction n’a envie de prendre le risque du changement.

Le problùme n’est donc pas Office.
Le problĂšme, ce sont :

  • 20 ans d’habitudes,
  • des macros hĂ©ritĂ©es,
  • des process collĂ©s Ă  Excel,
  • une absence de vision long terme.

Souveraineté = stratégie + gouvernance.
Pas “changer de suite bureautique”.

A lire : 🧭 Pourquoi de plus en plus on parle de quitter Microsoft


5ïžâƒŁ Alors, la vraie question : la souverainetĂ© est-elle dans Microsoft ?

On pourrait se dire “Oui, Microsoft n’est pas souverain, donc sortons-en”.
Mais ce serait oublier la phrase la plus importante du débat :

👉 La souverainetĂ© n’est pas un fournisseur. C’est un modĂšle d’architecture.

La question n’est pas :
“Utilisons-nous Microsoft ?”

La question est :
“Sommes-nous dĂ©pendants d’un cloud Ă©tranger pour fonctionner ?”

Si votre SI :

  • tombe si Azure AD tombe,
  • ne s’authentifie plus sans un service US,
  • dĂ©pend d’un MFA externe amĂ©ricain,
  • stocke sa documentation dans SharePoint Online,
  • vit dans Teams,
  • voit ses identitĂ©s dominĂ©es par Entra ID


alors oui, vous avez un problÚme de souveraineté.

Mais ce problùme n’a rien à voir avec Word.
Il est dans la dĂ©pendance systĂ©mique Ă  un cloud qui n’est pas le vĂŽtre.


🟣 6ïžâƒŁ TEAMS : excellent pour l’externe, beaucoup moins pour l’interne (et c’est lĂ  qu’on se trompe)

S’il y a bien un outil qui crĂ©e un Ă©norme malentendu dans les dĂ©bats sur la souverainetĂ©, c’est Microsoft Teams.

On lit partout que “Teams = dĂ©pendance, Teams = pas souverain, Teams = danger”.
En rĂ©alitĂ©, c’est beaucoup plus nuancĂ©.

👍 Pour l’externe : Teams est parfait

Pour les rendez-vous commerciaux, les formations, les meetings avec les partenaires, les appels clients
 Teams est une bénédiction.
Tout le monde l’a.
Tout le monde sait s’en servir.
Et ça marche, mĂȘme si la bande passante ressemble Ă  un tuyau d’arrosage bouchĂ©.

Et surtout :
👉 Que la visioconfĂ©rence d’un rendez-vous commercial passe par Microsoft n’a jamais compromis la souverainetĂ© d’un SI.
Ce sont des donnĂ©es “circulantes”, pas du stockage stratĂ©gique ou des identitĂ©s.

LĂ -dessus, Teams fait le job.

👎 Pour l’interne : c’est beaucoup plus discutable

Le problĂšme interne n’est pas Teams en tant qu’outil de collaboration, mais la structure qu’il impose :

  • La majoritĂ© des partages passent par SharePoint Online (cloud US).
  • Les documents Ă©changĂ©s sont automatiquement poussĂ©s dans OneDrive ou SPO.
  • Les historiques, piĂšces jointes, snippets, photos → stockĂ©es dans Graph API + SPO.
  • La gouvernance documentaire explose, et on perd la maĂźtrise du patrimoine informationnel.

Teams = interface
SharePoint = stockage réel
Et c’est le deuxiùme qui pose problùme, pas le premier.


💬 L’erreur d’architecture : Teams comme outil principal interne

Une entreprise qui base toute sa communication interne sur Teams fait plusieurs choix implicites :

  • elle accepte que ses documents critiques vivent dans un cloud Ă©tranger,
  • elle dĂ©lĂšgue son patrimoine documentaire Ă  SPO,
  • elle adopte une logique full SaaS sur les conversations internes,
  • elle crĂ©e une dĂ©pendance totale au Graph API.

C’est un choix possible — mais sĂ»rement pas un choix souverain.

Teams peut ĂȘtre utilisĂ© en interne, mais Ă  condition de ne pas l’utiliser comme stockage par dĂ©faut, et de maĂźtriser les policies d’upload, de chat et de partage.
Autant dire que dans 90 % des entreprises, ce n’est pas le cas.


🏰 Alternatives internes plus souveraines

VoilĂ  d’excellents exemples, et trĂšs concrets.

🔐 Private Discuss

Un outil fermé, auto-hébergé, maßtrisable, déjà déployé dans des environnements sensibles (dont EDF).
Il coche toutes les cases :

  • stockage interne,
  • encryption maĂźtrisĂ©e,
  • gouvernance claire,
  • pas d’extraterritorialitĂ©,
  • pas de fuite automatique vers le cloud.

C’est Teams, mais version “SSI valide”.

🟧 Micollab (version On-Prem)

Moins connu du grand public, mais trĂšs solide pour :

  • la tĂ©lĂ©phonie interne,
  • le chat sĂ©curisĂ©,
  • les communications unifiĂ©es,
  • les environnements industriels qui n’aiment pas trop les clouds anglo-saxons.

Et surtout :
👉 On-prem = souverainetĂ© opĂ©rationnelle + contrĂŽle du stockage + aucune dĂ©pendance intrusive.


🧠 Le bon modùle :

Teams pour l’externe / outil fermĂ© pour l’interne

Ce modĂšle hybride, parfaitement raisonnable, permet de :

  • garder la compatibilitĂ© universelle (visio commerciale),
  • rĂ©duire drastiquement la dĂ©pendance documentaire,
  • maĂźtriser les flux internes,
  • conserver une architecture souveraine,
  • Ă©viter de pousser les secrets internes dans SharePoint.

Il n’y a aucune contradiction Ă  :

  • faire de la visio client sur Teams
    ET
  • protĂ©ger son SI interne avec Private Discuss ou Micollab.

SouverainetĂ© ≠ rejet dogmatique
Souveraineté = choix éclairé + maßtrise des dépendances.


đŸ”„ Conclusion : arrĂȘtons de taper sur Office, regardons la structure

La souverainetĂ© numĂ©rique, ce n’est pas :

  • le choix d’un Ă©diteur,
  • la suite bureautique,
  • le client de messagerie.

C’est :

  • oĂč vivent les identitĂ©s,
  • oĂč sont stockĂ©es les donnĂ©es,
  • qui contrĂŽle les API,
  • qui contrĂŽle la chaĂźne d’authentification,
  • qui peut couper l’accĂšs,
  • qui impose les rĂšgles du jeu.

Office n’est pas une menace.
La dĂ©pendance au cloud l’est.

Et aujourd’hui, dans beaucoup d’entreprises, la souverainetĂ© se rĂ©sume Ă  une question trĂšs simple :
👉 â€œQue se passe-t-il si Azure AD tombe ?”

Si la rĂ©ponse est : “rien ne marche”,
alors ce n’est pas Word le problùme.

đŸ›°ïž Office 365, Azure AD, souverainetĂ© : on se trompe de combat (et on adore ça)
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