Microsoft remet une piĂšce dans la machine.
Ă partir dâoctobre 2025, les PC Windows 11 Ă©quipĂ©s de Microsoft 365 vont recevoir automatiquement une sĂ©rie dâapplications dites âcompanionâ : People, File Search et Calendar. En clair, des mini-apps censĂ©es vous faciliter la vie en affichant vos contacts, vos fichiers ou votre agenda en deux clics.
Dit comme ça, ça a lâair innocent. Sauf que, comme souvent avec Microsoft, lâannonce soulĂšve plus de questions que de certitudes :
- Qui a demandé ça ?
- Quelles donnĂ©es vont transiter et oĂč ?
- Que se passe-t-il si je nâai pas Office 365 ?
- Et surtout : cÎté RGPD, ça passe crÚme ou ça sent la future amende à plusieurs millions ?
Chez SecuSlice, on a dĂ©cortiquĂ© lâaffaire. Spoiler : on reste sceptiques.
đŠ Ces fameuses âapps compagnonâ
Microsoft les présente comme des alliées du quotidien :
- People : vos contacts à portée de clic, intégrés à Microsoft Graph.
- File Search : un moteur de recherche dédié pour vos documents.
- Calendar : un accÚs rapide à votre agenda.
Bonne nouvelle (ou pas) : elles se lancent automatiquement au dĂ©marrage de Windows. Lâutilisateur pourra dĂ©sactiver ce comportement dans les paramĂštres⊠mais il faut dĂ©jĂ savoir que ça existe.
CÎté déploiement :
- Les entreprises pourront refuser via lâadmin center Microsoft 365.
- Les particuliers, eux⊠devront probablement vivre avec.
Bref, Microsoft applique la vieille recette : âpar dĂ©faut activĂ©, et charge Ă vous de creuser pour dĂ©sactiverâ.
đ RGPD : quand le consentement devient un dĂ©tail
Le RGPD, vous connaissez la musique : transparence, consentement, finalitĂ© limitĂ©e, minimisation des donnĂ©es. Des principes qui, sur le papier, devraient empĂȘcher les gĂ©ants du numĂ©rique dâinstaller des logiciels de force.
Mais ici, câest flou.
- Transparence ? Lâutilisateur nâa pas choisi. Il dĂ©couvre lâapp au prochain reboot.
- Consentement ? Silence radio. Le contrat de licence général de Microsoft suffit-il à couvrir ça ? à voir.
- FinalitĂ© ? AmĂ©liorer âlâexpĂ©rience utilisateurâ. On a connu plus clair.
- Minimisation ? Si les apps aspirent vos fichiers, contacts et agendas, on est loin du strict nécessaire.
Ajoutez Ă cela la question des transferts hors UE. Microsoft promet depuis 2023 une âEU Data Boundaryâ, câest-Ă -dire que les donnĂ©es des utilisateurs europĂ©ens restent traitĂ©es dans lâUE. TrĂšs joli marketing. Mais les autoritĂ©s de protection des donnĂ©es ne sont pas dupes : en mars 2024, lâEDPS a Ă©pinglĂ© la Commission europĂ©enne elle-mĂȘme pour usage de Microsoft 365 non conforme au RGPD.
En clair : on a déjà un passif.
â Pas dâOffice 365 ? Pas grave, tu prends quand mĂȘme
ScĂ©nario probable si vous nâavez pas de licence Microsoft 365 :
- Les apps sâinstallent quand mĂȘme.
- Ă lâouverture, elles affichent un charmant message âLicence requiseâ.
Traduction : vous hébergez un logiciel inutile, qui encombre votre machine, sans utilité réelle.
Juridiquement, ça pose un problĂšme : installer un logiciel sans finalitĂ© lĂ©gitime, câest au mieux discutable, au pire attaquable. Et cĂŽtĂ© utilisateur, ça frise lâintrusion logicielle.
âïž Comment ça marche, techniquement ?
Les apps compagnon sâappuient sur Microsoft Graph. En gros, elles dialoguent avec les services cloud de Microsoft pour :
- chercher vos fichiers,
- lire vos contacts,
- afficher votre agenda.
Si vous utilisez Copilot, vos prompts et historiques dâinteractions sont stockĂ©s â cryptĂ©s, promet Microsoft â mais conservĂ©s quand mĂȘme. Microsoft jure que ces donnĂ©es ne servent pas Ă entraĂźner ses modĂšles IA. Faut-il les croire ? On vous laisse deviner notre posture : sceptique.
CĂŽtĂ© entreprises, les admins peuvent dĂ©sactiver le dĂ©ploiement. CĂŽtĂ© particuliers⊠câest une autre histoire. La documentation laisse entendre que lâutilisateur final nâaura pas de vĂ©ritable opt-out.
đ Et lâEurope dans tout ça ?
Petit dĂ©tail croustillant : pour Copilot, Microsoft a dĂ©jĂ prĂ©vu une exception. Dans lâEEE (Espace Ă©conomique europĂ©en), lâinstallation automatique ne se fera pas. Pourquoi ? Parce que le RGPD, et plus largement le droit europĂ©en, leur fait peur.
Donc pour Copilot, lâUE a rĂ©ussi Ă sâimposer. Pour les apps compagnon, mystĂšre. Elles pourraient bien arriver par dĂ©faut en Europe aussi, et on attend de voir si la CNIL, le CEPD ou dâautres autoritĂ©s sâen mĂȘleront.
Rappelons quâen 2024, lâEDPS a dĂ©jĂ jugĂ© que lâusage de Microsoft 365 par la Commission europĂ©enne violait le droit europĂ©en sur la protection des donnĂ©es. Rien que ça. Autant dire que si Microsoft force la main aux particuliers europĂ©ens, le feuilleton juridique pourrait ĂȘtre savoureux.
â Conclusion : mĂ©fiance, toujours
Soyons clairs : ces apps ne sont pas (encore) le plus gros scandale de lâannĂ©e.
- Elles sont ennuyeuses, envahissantes, et posent des questions sérieuses sur la vie privée.
- Elles sâinscrivent dans une stratĂ©gie globale : enfermer encore un peu plus lâutilisateur dans lâĂ©cosystĂšme Microsoft.
- Et cĂŽtĂ© RGPD, lâaffaire est loin dâĂȘtre claire.
Pour les DSI, bonne nouvelle : vous avez la main pour désactiver.
Pour les particuliers, prĂ©parez-vous Ă jouer au jeu du âdĂ©sinstalle-moi si tu peuxâ.
Moralité SecuSlice :
Quand une entreprise installe un logiciel sur votre machine sans vous demander, câest rarement pour votre bien.
Le pire ? On commence Ă sâhabituer. Et câest peut-ĂȘtre ça, la vraie vulnĂ©rabilitĂ©.
